La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

Chroniques
Chanson de gestes, Danse, Donald Trump

Dancing is a real job, Donald

L’entrée du couple : pas en rythme du tout, pas ensemble ! Il tient la main de Mélanija par-dessus, il ne sait pas marcher avec elle, il n’a pas le sens du rythme, on s’en doutait un peu ! Deux mouvements de recalage des bras, par contact des mains, pour être sûr de bien se tenir. Petite bise d’elle de profil, elle le cache côté gauche, un peu de confusion des appuis ! Quart de tour vers le fond. Elle se dégage un peu, dos public, petit geste de la main pour recaler la robe... (Lire l’article)

Le Caravage, L'arracheur de dent
Sciences du fait-divers

Brosses à dents et autres aliments

“Un chirurgien trouve dix-huit brosses à dents dans l’estomac du patient.” Il est important de bien se brosser les dents du fond, mais l’exercice a ses limites, qui sont celles de l’estomac. Dix-huit brosses semble être un maximum ; en tout cas, c’est un nouveau record. On sait peu de choses du patient, hormis qu’il a survécu. Voilà un miraculé. Il n’empêche que la brosse à dents est un des accessoires transitionnels du fait divers. Elle s’est déjà illustrée dans quantité d’affaires surprenantes. (Lire l’article)

Courrier du corps

Daron, ceinturon, téléportation

Il y a un gag récurrent sur Vine (ou Instagram), chez les jeunes garçons dont les parents sont originaires d’Afrique de l’Ouest : le fils se retrouve face à son père armé d’une ceinture qui le frappe, en général sans motif probant, sinon que, puisque la ceinture existe, il faut s’en servir. Et à quoi d’autre, logique de l’absurde, si ce n’est à sévir ? Nous adultes, nous savons pourquoi le père veut toujours taper le fils : parce qu’un ordre social plus grand que le fils demande que celui-ci y soit intégré, ordre dont le fils n’a pas la moindre idée. Le running gag du père frappeur participe d’un ensemble de saynètes qui racontent avec humour un prolétariat classiquement désireux d’élévation sociale. (Lire la suite)

délib'euro – l'Euro 2016 des écrivains, vu par Clo'e dans délibéré
délib'euro, Foot

Belgique-Italie : proposition indécente

Lucien De Girolamo avait fait un rêve ; il avait rêvé que sainte Rosalie lui disait le résultat du match Italie-Belgique. Elle ne le lui avait pas vraiment dit : c’est lui qui avait eu une vision, la vision de la sainte avec sa couronne de roses sur la tête et, à côté d’elle, trois drapeaux de l’Italie qui claquaient au vent et d’innombrables drapeaux belges qui retombaient tout flasques sur leur hampe. Le lendemain matin, il avait raconté ce rêve à sa femme et Maria l’avait interprété pour lui : ça signifiait que l’Italie allait battre la Belgique par trois buts d’écart. (Lire l’article)

Footbologies, J12 - Une chronique de la Ligue 1 par Sébastien Rutés
Foot, Footbologies 2016-2017

J12 – La geste footballistique

À part peut-être la guerre, on peut sans trop de risques affirmer qu’aucun phénomène humain n’a produit au cours de l’histoire autant de discours que le football. En cause, son caractère planétaire et l’ère de la médiatisation au cours de laquelle il advient. Jésus avait ses évangélistes et les rois leurs chroniqueurs, la guerre a ses reporters et le football ses commentateurs. Or, évangélistes, chroniqueurs et reporters de guerre tiraient leur légitimité de leur statut de témoin. Mais à quoi sert un témoignage lorsqu’un évènement est vu (ou peut l’être) par des millions d’individus à travers le monde ? (Lire l’article)

délib'euro – l'Euro 2016 des écrivains, vu par Clo'e dans délibéré
délib'euro, Foot

Roumanie-Suisse : des femmes qui jouent

Je pense alors au superbe documentaire de la réalisatrice Carmen Butta. Des femmes qui jouent au foot à 4000 mètres d’altitude. Dans les Andes péruviennes, des femmes quechuas du village Churubamba allaitent leur bébé à la mi-temps puis retournent courir après le ballon sandalettes aux pieds. Elles dribblent avec une habileté réjouissante pendant que des lamas grappillent quelques rares pousses vertes dans la terre brune. Gagner le match c’est la possibilité de rapporter au village des cochons d’Inde ou des sacs de semence de pomme de terre que les maris espèrent avec fébrilité. (Lire l’article)

"Diogène en banlieue" : Heurs et malheurs d'un prof de philo aux confins du système scolaire. Chapitre 13: "Vocation". Par Gilles Pétel
Diogène en banlieue

Vocation

Un ministre de l’Éducation nationale parlait il y a quelque temps de vocation pour caractériser le métier de professeur. Chacun sait pourtant que la vocation n’est qu’un simple cache-misère. Personne n’est appelé à devenir professeur ou quoi que ce soit d’autre d’ailleurs. Aujourd’hui, personne ou presque n’entend plus de voix. (Lire l’article)

Sculpture de Frank Girard
La branloire pérenne

« Je est un autre »

Depuis plusieurs années, les citoyens sont de plus en plus considérés comme pleinement responsables de leurs actes. Alors qu’auparavant la justice prenait souvent en compte les circonstances atténuantes comme la force des passions ou le poids du milieu social, nous avons aujourd’hui tendance à considérer que les coupables le sont entièrement. C’est ainsi par exemple que Nicolas Sarkozy a permis d’incarcérer les mineurs à partir de 13 ans. Mais que signifie au juste être responsable ? (Lire l’article)

Las putas insistimos en que los políticos no son nuestros hijos
Le coin des traîtres, Traduction

Hijo de puta

Il y a quelques années, des pancartes ont fait leur apparition dans des manifestations organisées en Espagne, demandant à ce que l’on cesse d’attribuer à des prostituées la maternité des pires salauds de la terre, plus particulièrement celle des hommes politiques. La traduction de l’argot, des insultes, des grossièretés nous invite aussi à réfléchir au sens des mots, à leur emploi, aux sous-entendus véhiculés, à ce qu’ils disent de la société qui les galvaude ou les bannit. Alors comment traduire « hijo de puta » ?  (Lire l’article)

Marie Redonnet, La Femme au Colt 45, Le Tripode, 2016
Livres, Ordonnances littéraires

Marie Redonnet pour vous, les femmes

La Femme au colt 45 pourrait être prescrit à tous ceux qui – en politique, en religion, en vie quotidienne ou autre – prennent à cœur le bien des femmes. Mais non, ce livre est pour vous, vous les femmes, mesure salutaire de prophylaxie face à l’épidémie de domestication et de discrimination qui sévit actuellement, épidémie qui se propage à droite et à gauche, dans la rue, les foyers, les institutions, épidémie ancienne et que l’on pensait largement jugulée, mais non, la maladie est endémique et résistante. Le roman de Marie Redonnet est à déguster lentement, posologie ajustable selon les caractères. Si vous travaillez au secrétariat d’État ou à la Commission famille du conseil régional d’Île-de-France, doublez la dose. (Lire l’article)

Leonard de Vinci - Profil de femme grotesque
Courrier du corps

Cyprien : vieillir n’est pas son genre

Un propriétaire de corps nous écrit. Enfin, pas qu’à nous. C’est le célébrissime Cyprien. Et comme nous sommes judéo-chrétiens, il se plaint, prétérition aidant. Parler de son corps, faire parler son corps, c’est à peu près la seule activité des vlogueurs, même déguisée en autre chose. Il y a quelques mois, la Youtubeuse Natoo avait donné la parole à ses seins ou ses fesses. Le dialogue était positif puisque son corps, après l’avoir gentiment bitchée, la remerciait de s’être acceptée avec ses petits défauts. Chez Cyprien, c’est plus vindicatif. On apprend qu’il a les poils de la barbe et des sourcils plantés n’importe comment, qu’il est myope d’un œil et hypermétrope de l’autre, qu’il “transpire comme un gros porc”, qu’il prend du gras sur les hanches et les cuisses “comme une femme”. Par conséquent, il s’épile et fait un régime. Last but not least, il semble commencer à perdre ses cheveux. (Lire la suite)

Jacques Louis David - Lavoisier et sa femme (MetMuseum) 1788
Arts plastiques, Expo, Sciences du fait-divers

L’arme chimique comme œuvre d’art

“Un gaz potentiellement dangereux s’échappait d’œuvres de Damien Hirst.” En 2013, près d’un demi-million de personnes ont visité la rétrospective Damien Hirst à la Tate Modern de Londres. J’en faisais partie, et je me suis demandé en sortant pourquoi je me sentais vaguement écœuré. Or voilà qu’un article tout juste publié dans la revue Analytical Methods suggère une piste : ses auteurs ont testé lors de la rétrospective londonienne un nouveau type de capteurs grâce auxquels ils ont repéré dans l’air un taux de formol dix fois supérieur à la norme autorisée. La faute aux œuvres croquignolettes de Hirst comme Away from the Flock et Mother and Child (Divided) exhibant des animaux plongés dans du formol. (Lire l’article)