Une revue culturelle indépendante qui s’intéresse à tous les champs de la création et privilégie les choix tranchés, les chemins de traverse, explore les créations méconnues, les angles morts, pour dénicher l’improbable, voire le créer…
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Littérature
Lire Horacio Castellanos Moya

Horacio Castellanos Moya © Daniel MordzinskiLe Salvador est une petite terre qui a produit un grand romancier, célébré par Roberto Bolaño, qui le comparait à l’un des mélancoliques volcans de son pays. À l’invitation de la Casa de América, quelques fervents lecteurs de Horacio Castellanos Moya, venus d’un peu partout, se sont retrouvés du 4 au 7 juin à Madrid pour parler de son œuvre. La littérature est une patrie d’apatrides, ou tout au moins d’exilés ; la lecture qui les réunit crée de l’amitié. délibéré publie cette semaine, aux côtés des photos de Daniel Mordzinski, deux des interventions et le texte dans lequel Castellanos Moya raconte, avec précision et humour, comment naît un écrivain dans un pays qui n’en veut pas.

Héritage et solitude littéraires

par Horacio Castellanos Moya
Étrange est pour un écrivain la découverte du chemin le menant vers sa vocation, son destin. Pas seulement étrange, unique aussi. Quand j’essaie de visualiser cette découverte, quand je tente de comprendre comment j’en suis arrivé à l’écriture des livres que j’ai écrits, je ressens comme une gêne. Comment ai-je pu persévérer dans ce qui était de toute évidence une sottise, vu le milieu dans lequel je me suis formé, la famille d’où je viens, le pays où j’ai grandi et où j’ai commencé à emprunter cette voie ?
(Lire l’article)

Les voix sortent joyeusement du dégoût

par Philippe Lançon
En 1972, l’écrivain américain William Styron se demande pourquoi la guerre du Vietnam a inspiré aussi peu d’œuvres de fiction, et il répond : « Plus nous nous lançons dans des guerres qui menacent d’être totalement dépravées, plus il est douteux que nous puissions produire des œuvres d’imagination capables d’illustrer à grands traits et de façon plausible les multiples aspects de la nature humaine. » L’œuvre de Horacio Castellanos Moya, née dans le berceau d’une guerre particulièrement sale, au coeur d’un petit pays, y parvient. (Lire l’article)

Empathy
for the Evil

par René Solis
Le vieux policier malade, looser solitaire méprisé par ses collègues, dont la seule consolation est le souvenir de sa gloire passée du temps où il était catcheur, avait toute l’allure d’un personnage très attachant. Dix pages plus loin, le petit vieux sympathique n’était plus qu’un être totalement répugnant, un tortionnaire, un violeur, un sadique, une bête immonde. Et pourtant… Le don d'empathie pour le pire est inséparable de l’art narratif de Horacio Castellanos Moya.
Un art diabolique.
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Histoires
Conseils sismiques aux jeunes écrivains

par Jacques Rebotier
Où l’on apprend comment récupérer les brouillons d’un véritable écrivain. Et puis que les femmes écrivent aussi aujourd’hui. Et si votre éditeur ne veut plus vous publier, pas d’inquiétude. Vous êtes un génie incompris, c’est tout. Cette semaine, derniers conseils sismiques à suivre ici

Je me tais et je vais vous dire pourquoi
Je parle donc tu me suis

par Stéphanie Estournet
Les réseaux sociaux ont permis une prise de parole autour des sexualités et du féminisme. Instagram et Twitter, particulièrement, génèrent le développement d’influenceurs et d’influenceuses toutes thématiques confondues, dont la parole trouve un écho immense, parce qu’elle est directe – du producteur au consommateur – et sans contre-poids. Certains et certaines ont une parole mesurée, pondérée, voire professionnelle. D’autres, encouragés par leur succès, peuvent manquer de nuances. Une pensée unique à laquelle on adhère – sinon rien. La critiquer, la nuancer – même du bout des mots, c’est prendre le risque de se faire trasher sur la place publique des réseaux. De se faire blacklister personnellement et professionnellement.
(Lire l’article)

La branloire pérenne
« Je est un autre »

par Gilles Pétel
Sculpture de Frank GirardDepuis plusieurs années, les citoyens sont de plus en plus considérés comme pleinement responsables de leurs actes. Alors qu’auparavant la justice prenait souvent en compte les circonstances atténuantes comme la force des passions ou le poids du milieu social, nous avons aujourd’hui tendance à considérer que les coupables le sont entièrement. C’est ainsi par exemple que Nicolas Sarkozy a permis d’incarcérer les mineurs à partir de 13 ans. Mais que signifie au juste être responsable ? (Lire l’article)

Chroniques avéryennes
Théorie du coyote suspendu

par Nicolas Witkowski
Le freinage (par antigravité ?) avant l’atterrissage est devenu un grand classique du dessin animé. La façon de tomber en est un autre : il arrive souvent chez Avery que lorsqu’on coupe un arbre (Timber !!), il tombe du mauvais côté en dépit des lois de la pesanteur. Surtout, comme chez le vil coyote de Chuck Jones, il n’est pas rare de voir un personnage courir, et continuer sur sa lancée en dépassant le bord de la falaise. Il finit par s’arrêter, se gratte la tête et réalise qu’il est dans le vide, ce qui déclenche sa chute immédiate — à la verticale. Or cette “théorie du coyote suspendu” est loin d’être absurde, comme va le montrer un petit détour par l’histoire des sciences. (Lire l’article)

Choses revues
Après Notre-Dame, la Tour Eiffel va-t-elle bientôt s’effondrer ? (2/2)

par Philippe Mignon
La semaine dernière, nous vous faisions part de l’arrestation d’un individu au comportement étrange, dont le sac, miraculeusement récupéré par les forces de l’ordre, contenait quelques outils, de la ferraille et un carnet de notes manuscrites curieusement formulées… Nous savons désormais qu’une catastrophe a été évitée de justesse : depuis bientôt vingt ans, mû par un désir de vengeance, François Lerichet s'employait à retirer un à un les rivets la Tour Eiffel afin d’en fragiliser la structure, dans l’espoir de la voir s’effondrer à la prochaine grande tempête. Le monument a été fermé et son personnel évacué jusqu’à nouvel ordre.
(Lire l’enquête et les premières réactions).

Guide
Les choix de délibéré

La Prisonnière du temps de Kate Morton est-elle un page-turner de plus ? Non, il y a bien plus dans ce livre, et sa traduction n’est pas en reste. Allure princière, voix aux accents populaires, Serge Maggiani est à l’aise dans les salons et en cuisine. Presque vingt ans plus tard, le voilà qui revient donc pousser le temps avec l’épaule. Le temps, Kelly Rivière le remonte dans une quête des origines, un retour aux sources dont l’enjeu est aussi linguistique. Pourquoi les belles choses coûtent-elles cher et pas les moches ? Les objets en disent long, voyez-vous, sur l’état du monde.
Suivez le guide !
Kate Morton, La Prisonnière du temps, traduit de l'anglais (Australie) par Anne-Sylvie Homassel, Presses de la Cité, 2019

Kate Morton, les méandres de l’histoire

Corinna Gepner
La Main Jaune © Gilles Walusinski

La porte de Champerret, bouche verte, Main jaune

Anne-Marie Fèvre (texte), Gilles Walusinski (photos)
Martine Bedin et Claude Eveno, Objets, nos amis. Une conversation, éditions éoliennes

Le virus des objets

Anne-Marie Fèvre
Niko Pirosmani, Truie blanche avec porcelet. Musée national de Géorgie, Musée des beaux-arts Shalva Amiranashvili, Tbiliss

Niko Pirosmani ou le naïf clairvoyant

Corinna Gepner
Serge Maggiani dans Je poussais donc le temps avec l'épaule, mise en scène de Charles Tordjman

Serge Maggiani repousse le temps

René Solis

XLIV. Heureux événements

Sophie Rabau

Battle

Dominique Conil

Dolorosa

Sophie Rabau
Ma mère voulait, de et avec Laurence Sendrowicz, mise en scène de Nafi Salah

Laurence Sendrowicz sans faute

Denise Laroutis
The Rolling Stones - It's All Over Now

It’s All Over Now

Édouard Launet
Xavier de Jarcy, Les Abandonnés. Histoire des “cités de banlieue”, Albin Michel, 2019

Les Abandonnés, polar du logement

Anne-Marie Fèvre

The Dead Don’t Die

Gilles Pétel

XLIII. Sur la griffe et l’étoile

Sophie Rabau
Jacky Schwartzmann, Pension complète, Seuil, 2018

C’est quoi, la vie sans la vie ? Pension complète de Jacky Schwartzmann

Nathalie Peyrebonne
MAV © Sarah Vermande

Un toit pour les traducteurs

Laurent Muhleisen
Mensonges, mise en scène de Véronique Bellegarde © Philippe Delacroix

Belial

Yànnis Mavritsàkis (VO), Michel Volkovitch (VF)
Ono sto Nedostaje © Marko Ercegovic, ZKM (Théâtre de la jeunesse de Zagreb, Croatie). Création 2018, mise en scène de Selma Spahic

Ce qui manque

Tomislav Zajec (VO), Karine Samardžija (VF)
Ivre de mots, de Frank Siera © Annekoos Westhoek

Ivre de mots

Frank Siera (VO), Esther Gouarné, Mike Sens (VF)
Der große Marsch (La Grande Marche) de Wolfram Lotz, mise en scène de Christoph Diem (2011)

La Grande Marche

Wolfram Lotz (VO), Sofiane Boussahel (VF)
American Hotel de Sara Stridsberg

American hotel

Sara Stridsberg (VO), Marianne Ségol-Samoy (VF)
Les Petites Chambres de Wael Kaddour, traduit de l’arabe (Syrie)par Wissam Arbache et Hala Omran, éditions Elyzad, 2014

Les Petites Chambres

Wael Kaddour (VO), Wissam Arbache, Hala Omran (VF)
Hannah Khalil, Scenes from 68* years

70* ans de fragments

Hannah Khalil (VO), Ronan Mancec (VF)

Massacre

Lluïsa Cunillé (VO), Laurent Gallardo (VF)
Joseph Conrad, Heart of Darkness

La traduction impossible

Gilles Pétel