Guide
Les choix de délibéré

L’Île de la Cité fera-t-elle l’objet d’un réaménagement ? Lui préférerez-vous la fantaisie musicale de l’Île Saint-Louis ? Savez-vous ce qu’est l’amour réaliste ? Des philtres d’amour dans des thermos, des rideaux de bambous dorés, une grande épée, des écrans télé, et un héros mutique : c’est le Tristan d’Éric Vigner. Le Musée d’Orsay met en lumière la peinture de Frédéric Bazille, et avec lui la naissance de l’impressionnisme. Autre Lumière : celle des deux frères inventeurs du cinématographe. Autre horizon : à Brest, le festival DañsFabrik est résolument tourné vers le Chili. Sombre et lumineux : Moonlight de Barry Jenkins. Suivez le guide !

2017, Année terrible
Cinématographie

par Édouard Launet
Deux grosses surprises ont marqué la semaine écoulée. La première : un chercheur pense avoir identifié Marcel Proust sur un film tourné lors d’un mariage à Paris en 1904 . Si c’est bien lui, et beaucoup d’éléments portent à le croire, ce sont là les seules images animées existantes de l’auteur de la Recherche. La seconde surprise, plus prodigieuse encore : François Fillon a envoyé au Parquet national financier une vidéo sur laquelle on verrait son épouse Penelope travailler pour lui. Aucun autre document n’en avait attesté jusqu’alors. Victor Hugo, qui, depuis la crypte du Panthéon, s’est décidé à suivre heure par heure cette campagne présidentielle décidément sans précédent, se passionne soudain pour le cinématographie, un art qui manquait cruellement à son temps. 
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Danse
Aux Hivernales, une mécanique bien huilée

par Marie-Christine Vernay

La Mécanique des ombres - NaïF Production © Laurent Onde

En ouverture du Festival Les Hivernales d’Avignon, le spectacle La Mécanique des ombres de NaïF Production s’est imposé par sa troublante beauté et son étrangeté. Les Fragments mobiles d’Yvan Alexandre se rassemblent dans une fresque étirée. Et dans De(s)genération, du danseur et chorégraphe hip hop Amala Dianor, la new school rivalise joyeusement avec la old school. (Lire l’article)

délibérément… Trump
Ubu Trump
Acte I

par Gilles Pétel
La scène se passe dans la Tour Ubu.
Père Trump.– Merdre.
Mère Trump.– Oh ! Voilà du joli, Père Trump. Vous êtes un fort grand voyou.
Père Trump.– Comment Mère Trump ! Est-ce que je ne possède pas la plus jolie tour de Manhattan ?
Mère Trump.– Vous êtes bien fainéant, Père Trump. Une tour ! Et vous croyez posséder le monde !
Père Trump.– Ma tour est toute dorée ! Elle compte 195 étages et des poussières. Elle gratte le cul du ciel. Merdre, Mère Trump ! Ma tour pète plus haut que votre cul ! Bougre de merdre ! Et vous oubliez mes casinos, mes buildings, mes terrains de golf, ma fortune personnelle, Mère Trump ! Je vais vous couper les oneilles si vous continuez à m’insulter !
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Design
Stratagèmes pour un écrin de parfums

par Anne-Marie Fèvre
La collection de matières premières, Grand Musée du Parfum © Harvey & JohnOn attend les effluves du printemps, les remugles métalliques des particules fines nous gratouillent les narines. Voilà de bons arguments pour exciter nos papilles olfactives dans un énorme flacon lumineux de fragrances. Le Grand musée du parfum parisien, grâce à un dispositif scénographique et un design astucieux, remet le nez au centre de notre corps, entre chimie et art. Inspirons fort, pour capter un patrimoine historique invisible, et nos propres émois de senteurs. (Lire l’article)

Le nombre imaginaire
Transcendance

par Yannick Cras
Les maths entretiennent un rapport de toujours avec le transcendant – plus qu’avec le divin en soi, avec lequel il ne se confond pas. Il ne semble pas, en effet, que la philosophie aristotélicienne du Nombre ait beaucoup fait intervenir les dieux de l’Olympe, lesquels pour leur part ne sont guère férus de mathématiques, occupés qu’ils sont à leurs guerres et amours bien humaines. C’est aussi que, de transcendance, ils n’en montrent guère, ces querelleurs habitants du Panthéon, comme nous limités en vertu et en pouvoir – même Zeus, qui fait parfois le ménage, ne peut rien contre le Destin. Ces dieux-là héritent de notre finitude, de notre médiocrité même, et c’est pourquoi ils ne posent guère de questions auxquelles nous ne puissions répondre sans maths. 
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Le coin des traîtres
Je suis une serial

par Denise Laroutis
Le Divan © Freud Museum LondonAh mais, parce que moi, vous comprenez, on me dit : vous le trahissez, ou tu le trahis, c’est de la trahison, c’est vrai, on peut dire que je le trahis, mais au fond, moi, je ne veux pas, je ne veux pas le trahir, ce n’est pas mon intention… (Lire l’article)

Diogène en banlieue
Quelque chose de Beckett

par Gilles Pétel
J’ai souvent pensé, alors que je débutais un cours après une mauvaise nuit, à cette pièce de Beckett intitulée Comédie où l’on voit les trois protagonistes prendre tour à tour la parole sitôt qu’un projecteur éclaire l’un d’entre eux et se taire quand la lumière s’éteint. Pendant toute la durée d’un cours les élèves possèdent la même puissance que les projecteurs de Comédie: ils nous forcent à parler. Et souvent même, lorsque le cours est bon, on peut affirmer qu’ils nous obligent à réfléchir. 
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L’ABéCéDaire

de Pierre Teboul

Footbologies
Aux chiottes l’arbitre !

par Sébastien Rutés
Expulsé au Parc des Princes, l’entraîneur du Toulouse FC a déclaré après le match : « c’est comparable à ce que l’on vit dans le pays. Dès lors qu’on s’exprime, on est sanctionné ». Et alors que la plupart de ses homologues ne s’aventurent même pas à commenter l’arbitrage, Pascal Dupraz s’en est pris directement à l’État, qualifié « d’extrêmement répressif ». Voilà qui tranche avec le discours d’autorité ambiant, que servent à droite comme à gauche les candidats de l’ordre autoproclamés. (Lire l’article)
 

Ordonnances littéraires
Pour Manuel Valls, l’Atlas des îles abandonnées

par Christophe Giudicelli
S’il est bien quelque chose qu’on ne saurait reprocher à Manuel Valls, c’est d’avoir manqué de vision, d’ambition pour son pays. Malheureusement son génie n’a pas été reconnu à sa juste mesure. Les gens sont cruels, c’est ainsi. L’Atlas des îles abandonnées, de Judith Schalansky (Arthaud, 2010), propose un vaste choix de lieux propices à une traversée constructive du désert, à la refonte d’un destin trop tôt brisé.
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Histoire
Roque Dalton, correspondance clandestine

par Horacio Castellanos Moya
Troisième volet de l’enquête : une fois à Mexico, le poète se réveille, recommence à parler, comme s’il s’était débarrassé de la muselière imposée par la clandestinité au Salvador ; plus de langage codé, aseptisé, mais sa voix d’avant, intense, retentissante. Ce n’est pas seulement le poète qui renaît, mais aussi son tempérament, ses passions, tout ce qu’il avait domestiqué, contrôlé, durant sa préparation à Cuba et les neuf mois de clandestinité. (Lire la 3e partie)