Le style et la structure
Avec Scarlatti, les musicologues disposent d’un cas d’école : ce Napolitain vivant à Lisbonne puis à Madrid n’a cessé de mélanger les styles — italien et espagnol, mais aussi les goûts français et allemand — comme il a joyeusement mélangé les motifs musicaux de ses sonates. Démêler les styles et les structures imbriqués dans les sonates est le secret du bonheur scarlattien, mais l’éducation musicale, par tradition, ne met l’accent que sur le style. C’est dommage, car c’est réducteur. Prenez par exemple un prestigieux pianiste, chef d’orchestre et grand scarlattien, Christian Zacharias. Prenez ensuite une sonate au hasard, la 193 par exemple, et demandez-lui ce qu’il entend. (Lire l’article)
Bror Gunnar Jansson : troublants personnages
Le jeune bluesman suédois, sorte de réincarnation de John Lee Hooker et de Skip James, est en tournée en France, où sa carrière internationale est née, pour présenter son troisième album, And The Great Unknown Part II. Avec des clins d’œil aux work songs des champs de coton et au son cubano, et des chansons à thèmes politique et écologique. Et une passion intacte pour l’Amérique, réelle et imaginaire, terre d’amours et de colères. (Lire l’article)
Indépendances et liberté
Indépendance, le mot sonne si bien qu’il peut être mal utilisé, galvaudé en simple image de marque. Nous avons interrogé des éditeurs et des éditrices sur leur définition de l’indépendance, la vraie.
Captain America – Civil War, Renaissance de la Tragédie
Décidément, il y a quelque chose de pourri au royaume d’Amérique… Car du dernier né Marvel à celui de son éternel rival DC Comics (Superman vs Batman), on retrouve non seulement le même dispositif mythologique – un duel entre frères et ennemis et icônes pop –, mais surtout la même question morale : celle du dommage collatéral, dans un monde toujours plus complexe, obsédé par le deuil et la culpabilité… (Lire l’article)
Sharon Eyal, du tac au toc
Dans OCD Love de la chorégraphe israélienne Sharon Eyal, les “personnages” sont comme électrocutés à la base, dès qu’ils entrent en scène. Puis, tout est question de doigté, dans la gestion des ensembles, comme dans celle de deux duos millimétrés, l’un masculin, l’autre féminin. Inutile de chercher un sens : les corps sont renversés au point que l’on ne sait plus s’ils se présentent de face ou de dos et offrent le tableau d’une société stressée sans issue de secours. C’est dans la sensualité, dans les cuisses qui se frôlent, ou dans les gestes réparateurs, comme les mains qui passent et lavent les visages que l’on quitte la noirceur. (Lire l’article)
Empathy for the Evil (Traduire Horacio Castellanos Moya)
Le vieux policier malade, ancien catcheur, loser solitaire méprisé par ses collègues, avait toute l’allure d’un personnage très attachant. Dix pages plus loin, il n’est plus qu’un être répugnant, tortionnaire, violeur, sadique, une bête immonde. Pourtant… Le don d’empathie pour le pire est inséparable de l’art narratif de Horacio Castellanos Moya. Un art diabolique.
Antoine et Cléopâtre, passion parfaite
Tiago Rodrigues a baptisé sa compagnie Mundo Perfeito. Son spectacle Antoine et Cléopâtre est en harmonie avec ce nom : il est rare de sortir d’un théâtre avec la sensation que ce qui est montré est la traduction parfaite du projet initial. Faire vivre l’âme de l’un dans le corps de l’autre, c’est très exactement ce que réalisent sur scène Sofia Dias et Vítor Roriz. (Lire l’article)
Une lecture ’pataphysique de Lucky Luke
La bande dessinée peu être assimilée à une forme de ’pataphysique, discipline inventée par Alfred Jarry et définie comme “science des solutions imaginaires”, nous invitant à adopter sur les choses un nouveau point de vue et casser nos attentes habituelles. C’est aussi ce que nous propose Bouzard dans Jolly Jumper ne répond plus, en nous faisant découvrir une interprétation hilarante et très personnelle du personnage de Lucky Luke, qui modifiera complètement la vision que vous aviez du Lonesome cowboy. (Lire l’article)
Relais 4×400 m messieurs
Plaire, aimer et courir vite, le film de Christophe Honoré montre le relais que se passent trois hommes de générations différentes. Leur course est pleine d’obstacles : nous sommes dans les années 1990 et le SIDA fait des ravages.
UNTEL, L’art d’être touriste
Le touriste est de masse et il est anonyme, il est un consommateur et un pur produit du capitalisme mondialisé, il est une figure économique et certainement pas une figure poétique, bref, il est tout ce que l’artiste ne doit pas être. Sauf si l’artiste est un groupe d’artistes, intervenant dans la deuxième moitié des années 1970, adepte de la performance et de la mise à distance rieuse, et que son nom est UNTEL. Alors, l’artiste peut choisir de revêtir le costume du touriste et en faire matière à performance : c’est ce que l’on découvre actuellement à la galerie mfc-michèle didier. (Lire l’article)
Beaucoup de bruit pour rien
En 1890, l’année de son mariage, de son déménagement à Morgan Hall et de la construction de son...
Dovlatov, la revanche d’un invisible
Jamais publié en Union soviétique de son vivant, exilé à New York où il est mort en 1989, l’écrivain russe Sergueï Dovlatov a connu une scoumoune éditoriale hors pair. On peut dire que, depuis, le monde se rattrape. Succès durable en Russie, thèses sur son œuvre aux États-Unis, texte adapté au théâtre par Peter Stein, festival Dovlatov, prix Dovlatov, statue de Dovlatov dans la rue de Saint-Pétersbourg où il vécut et, cette année, un film d’Alexeï Guerman Jr couronné à Berlin, vendu dans trente pays et à Netflix. Qui pourtant ne raconte qu’une semaine assez morne dans la vie de Dovlatov, géant au regard velouté, héros bartlebyen. (Lire l’article)
Il Miracolo, une histoire du trouble
Dieu, ces derniers temps, visite souvent Arte et c’est tant mieux. Après Au nom du père, co-production avec le Danemark, et son ravageur pasteur, voici Il Miracolo, co-production avec l’Italie, avec sa vierge en plastoc qui pleure des litres de sang. Serait-ce un rien passéiste ? Parce que l’Italie, là, semble moins habitée par les miracles de la madone que par de bons vieux démons. Erreur. (Lire le guide)
Tania Bruguera dans le cercle de l’enfer
Pour assister à Fin de partie de Beckett dans la mise en scène de Tania Bruguera, mieux vaut ne pas avoir le vertige. Son spectacle se déroule dans un haut cylindre de toile blanche entouré d’un échafaudage et de plateformes sur plusieurs niveaux où les spectateurs prennent place avant de passer la tête par un des trous percés dans le tissu pour regarder vers le bas. Les spectateurs sont entraînés au sein d’une expérience collective à la lisière entre l’enfermement et la liberté, dans un dispositif qui s’avère être un panoptique « ouvert » : tout le monde est sous le regard de tout le monde. Un spectacle d’une pertinence rare. (Lire l’article)
René-Jacques, photographe de l’invisible
La galerie ARGENTIC à Paris nous offre l’occasion de voir ou revoir le travail de René-Jacques (1908-2003) via une sélection de « tirages vintages et modernes des photographies de Paris ». Vues de Paris, donc, rues, escaliers, gares, monuments, avec une prédilection pour la saison hivernales et ses féeries enneigées. Qui invitent à la rêverie, à la flânerie. À la découverte. À une interrogation subtile sur ce qui nous est montré. Ou plutôt à une forme d’étonnement qui n’est autre que l’intuition d’avoir affaire à quelque chose qui se cache sous la surface. Ville réelle, ville rêvée, on ne sait trop. (Lire l’article)


















