Tiepolo père
Avant de revenir à Giovanni Domenico Tiepolo et à ses séries de dessins, centaures, Pulcinella,...
Periscope ou les enfants au pouvoir
D’abord, le nom est bien trouvé. Le périscope est ce qui permet littéralement d’embrasser tout l’horizon, de le circonscrire d’un coup d’oeil rotatif. Totalitaire, il possède en outre de super pouvoirs : avec lui, nous dit le dictionnaire, on observe “par-dessus un obstacle des objets inaccessibles à la vision directe”. Deuxio, l’imaginaire du périscope est un peu celui du sous-marin. Planqué dans une boîte en fer, on peut se livrer aux délices du voyeurisme comme dans les dessins animés de la Warner, sans parler de la forme phallique de l’engin : la pulsion scopique est de sortie. Periscope permet à chacun de diffuser en direct les images que capte la caméra de son smartphone, c’est-à-dire d’être une télé. (Lire la suite)
Dingues d’Onéguine
De sa traduction d’Eugène Onéguine, parue en 2005 chez Actes Sud, André Markowicz déclarait aux Assises de la traduction littéraire d’Arles en 2011, que c’était « ce qu’il a fait de mieux dans [sa] vie ». Les 5 523 vers du roman de Pouchkine lui auront demandé plus de vingt ans de travail. Au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, Jean Bellorini orchestre une version théâtrale du roman de Pouchkine dans la traduction de Markowicz avec cinq acteurs murmurant aux oreilles des spectateurs munis d’un casque. Cela pourrait être monotone, ronronnant, c’est magnifique, rayonnant d’humour et de finesse. (Lire l’article)
Irak, le monde, hier et demain
En 1258, les Mongols pillent Bagdad, massacrent un million de personnes, détruisent bibliothèques et universités, mettant ainsi fin à l’âge d’or des alchimistes et de la cité qui abritait alors tout le savoir du monde. Les livres, digues de papier trempé dégoulinant d’encre, servent de barrages sur le Tigre et des savants désespérés se jettent dans le fleuve d’une ville transformée en tas de gravats. Bagdad 2004. Les nouveaux Mongols sont américains. Le tas de ruines est le même. (Lire l’article)
Une pépite au bidonville
Rue des pâquerettes, le dernier livre de Mehdi Charef, est le récit de l’arrivée en France de l’auteur-réalisateur, de son enfance dans une baraque d’un bidonville à Nanterre. Les enfants immigrés portent en eux la blessure de l’arrachement au pays d’origine, qu’ils sont obligés de soigner comme ils peuvent, puisque « le retour est un mythe. On ne s’enrichit pas, quand on est ouvrier on le reste toute sa vie ». (Lire l’article)
Bror Gunnar Jansson, gentleman bricoleur
Gentleman bluesman, bricoleur ingénieux, mais aussi homme orchestre, Bror Gunnar Jansson est l’un des rares musiciens suédois à s’être fait connaître au-delà du pont de Malmö. Rien que le nom est une énigme : Bror pour frère, comme le fameux compagnon de Robin des Bois, puis “Gugges”, soit le diminutif de Gunnar en suédois, et enfin “Enmanna”, signifiant One Man Band. Tout cela dans un seul personnage. Un an après avoir enregistré son deuxième album Moan Snake Moan, le dandy de 28 ans est en concert ce mois-ci en France. (Lire la suite)
Selvskudd (auto-infligé)
En matière de chasse à l’ours, comme pour toutes les bestioles convoitées pour leur fourrure, le point crucial de la mise à mort de l’animal consiste à ne surtout pas endommager la dépouille. Des pièges aux mécanismes toujours plus sophistiqués ont été élaborés au fil des ans pour occire la bête sans désespérer la pelleterie. Au Svalbard, l’un des plus aboutis est le Selvskudd…
Farinelli nous casse les oreilles
Malgré leurs caractères diamétralement opposés, il semble que l’amitié entre Scarlatti et Farinelli ne se soit jamais démentie. D’ailleurs, c’est à Farinelli, dépositaire de l’héritage musical de Maria Barbara, que l’on doit de connaître aujourd’hui les sonates. On raconte que le divin castrat fit beaucoup pour aider Scarlatti, empêtré dans ses dettes de jeu, moyennant la mise au propre de ses sonates, mais il y avait entre eux bien davantage que de vulgaires histoires d’argent ou d’intérêts. (Lire l’article)
María Pagés enlève Carmen
Bizet et Mérimée n’auraient sans doute pas supporté qu’une vulgaire danseuse de flamenco ravisse leur créature, leur Carmen. Celle qu’ils auraient peut-être méprisée, c’est María Pagés. La chorégraphe et danseuse trafique avec cinq musiciens les mélodies de Bizet et elle arrache des mains de ses créateurs la figure emblématique de Carmen. (Lire la suite)
Lupa, forêt magique
Le metteur en scène polonais Krystian Lupa retrouve avec Wycinka Holzfällen, inspiré des Arbres à abattre de Thomas Bernhard, une ferveur et une rigueur dignes de ses spectacles les plus mémorables. Du théâtre de Lupa, on voudrait ne plus jamais ressortir parce qu’il touche à l’éternité et qu’il est infiniment supérieur à la vie. (Lire l’article)
L’Escargot de notre vie (Puy ta Cuxlejaltic)
Le festival de cinéma Puy ta Cuxlejaltic (L’escargot de notre vie) s’est tenu durant les premiers jours de novembre à Oventik, l’un des cinq Caracoles zapatistes, dans les montagnes du Haut-Chiapas. Joani Hocquenghem a assisté à ce drôle de mariage, conjonction inédite des Indiens et du cinéma. Au programme, une cinquantaine de fictions, documentaires, dessins animés, longs, courts et micro métrages : pièces d’un puzzle en désordre, pans d’histoire, portions de géographie, pêle-mêle l’ailleurs et l’ici, les épisodes du passé et l’avalanche du présent. (Lire l’article)
“Un territoire, c’est ce que tu peux partager”
“La mort, notamment en mer et dans l’océan. Personne n’en parle. En Europe, c’est un sujet qui n’existe pas.” Écrivaine engagée dans la solidarité avec les réfugiés, Marie Cosnay en parle.
Nicolas Witkowski (1949-2020), parti comme un papillon
Il nous avait plongés, à sa manière érudite et ironique, dans les univers de Domenico Scarlatti et de Tex Avery. Écrivain, journaliste, éditeur, il avait une passion égale pour les sciences et la culture.
Un regard de biais sur l’Occupation
Un reportage de près de 1500 photos faites par un jeune soldat allemand durant toute la Seconde guerre mondiale, présentant l’Occupation en France (et dans les îles anglo-normandes) sous un angle très subjectif : c’est ce trésor inédit, réuni par un collectionneur privé, qu’a exhumé le jeune historien Valentin Schneider. Ce dernier a pu identifier le photographe (Egon Pfende), puis il a édité et documenté l’album. Le fruit de ce travail va être l’objet de quatre ouvrages, dont les deux premiers paraîtront en France le 15 novembre. Ce contre-champ de l’horreur occulte la rigueur de l’Occupation en en offrant une vision éminemment singulière et décalée.
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Niko Pirosmani ou le naïf clairvoyant
Le peintre géorgien Niko Pirosmani (1862-1918) est un de ces artistes dits “naïfs” qui, leur vie durant, ont œuvré dans le périmètre de leur environnement immédiat et peint leur quotidien, celui des petites gens. Mais aussi, pour Pirosmani, quelques grands événements de l’histoire et des aperçus de la vie des couches aisées de la société. À Arles, jusqu’au 20 octobre, la fondation Van Gogh expose une trentaine de ses toiles. C’est un éblouissement où tout voisine avec une égale dignité et une même importance, hommes, bêtes et plantes. (Lire l’article)
Annie Le Brun, ou l’art de la résistance
Il reste bien peu de vrais rebelles dans ce monde sans horizon et sans boussole, mais Annie Le Brun en fait assurément partie. Chacun de ses livres est un pavé dans la mare de la crétinisation ambiante, et son tout dernier, Ce qui n’a pas de prix (Stock), est à ce titre une lecture particulièrement jubilatoire, un manifeste contre l’enlaidissement du monde qui sévit depuis les années 90 et résulte de la collusion de l’art et de l’argent orchestrée en particulier par les industries du luxe. Cet “art des vainqueurs” se nourrit en effet de sidération, de gigantisme et de vide esthétique et, face à ce matraquage, il est urgent de réagir, affirme l’auteur… (Lire l’article)


















