Luc Bondy, mort d’un maître amoureux
De tous les amours de Luc Bondy, celui des acteurs était le plus remarquable. Séducteur, il avait dans la vie une attention en mouvement perpétuel, prompt à passer d’un sujet ou d’un interlocuteur à l’autre. Dans la salle de répétition, il était l’inverse, soudain capable d’extrême concentration, joignant le geste à la parole pour monter sur le plateau, saisir un bras, entourer une épaule, et donner au comédien la sensation d’être à cette seconde la personne la plus importante au monde, objet exclusif du désir de son metteur en scène. Luc Bondy est mort hier. Pour Paris et pour le théâtre européen, la perte est rude. (Lire la suite)
UNTEL, L’art d’être touriste
Le touriste est de masse et il est anonyme, il est un consommateur et un pur produit du capitalisme mondialisé, il est une figure économique et certainement pas une figure poétique, bref, il est tout ce que l’artiste ne doit pas être. Sauf si l’artiste est un groupe d’artistes, intervenant dans la deuxième moitié des années 1970, adepte de la performance et de la mise à distance rieuse, et que son nom est UNTEL. Alors, l’artiste peut choisir de revêtir le costume du touriste et en faire matière à performance : c’est ce que l’on découvre actuellement à la galerie mfc-michèle didier. (Lire l’article)
Kobane calling (to the underworld)…
La situation moyen-orientale peut être envisagée à partir de bien des prismes, et c’est celui des combattants kurdes qu’a choisi le dessinateur italien Zerocalcare dans Kobane calling. Parti à la frontière de la Turquie, de l’Irak et du Kurdistan pour produire ce qu’il définit lui-même comme “un carnet de voyage, pas un traité de sociologie”, il s’inscrit dans la nébuleuse de ces témoignages en BD, qui peuvent prendre des formes extrêmement variées. Avec une différence majeure dans le cas de Zerocalcare : c’est un punk… (Lire l’article)
La Ribot attitude
La Ribot a présenté une sélection de ses “pièces distinguées” au Centre national de la danse : des Distinguished Hits regroupant les fragments d’une collection initiée en 1993. Chaque pièce est un tableau vivant et bien vivant, où le corps se transforme au fil des rôles et des accessoires qu’il endosse. La Ribot sait manier l’humour pour mieux pratiquer l’art du détournement, jouer avec les codes, les images et les objets. (Lire l’article)
Topologie d’un imaginaire
Les artistes Pia Rondé et Fabien Saleil reviennent sur leur expo “Cité-Fantôme” et plus généralement sur leurs méthodes de travail et leurs sources d’inspiration. Le titre de l’expo était emprunté au roman Topologie d’une cité fantôme d’Alain Robbe-Grillet.
Les corps des monstres
Quel rapport entre Richard III de Thomas Ostermeier, production très réussie et applaudie de la Schaubühne de Berlin, et El Syndrome, spectacle à peu près incompréhensible de l’auteur-metteur en scène argentin Sergio Boris? Aucun, en apparence. Quelque chose les relie pourtant, qui tient aux acteurs ou, plus précisément, aux corps des acteurs. (Lire l’article)
Paola Pigani pour le cas Morano
Vous allez me dire, d’accord, vous voulez prescrire de la lecture à Nadine Morano, très bien, mais est-on bien sûrs que cette dame lise des livres ? Je vous répondrai : nous ne sommes sûrs de rien, et alors ? Ce n’est pas parce que vous ne prenez habituellement pas de médicaments que votre médecin se gardera de vous en prescrire. Donc, Nadine Morano. Qui déclare, à propos des dénommés “migrants” : “Aujourd’hui le sentiment d’envahissement que ressentent les Français, ce n’est pas un sentiment, c’est une réalité.” Que prescrire ? Un remède intéressant, me semble-t-il, est sorti en 2015, et je serais d’avis de l’essayer sur un cas que d’aucuns jugent sérieux. Il s’agit du roman de Paola Pigani, Venus d’ailleurs, paru aux éditions Liana Levi. (Lire la suite)
Chez Alain Mabanckou, la mort s’invite
Dans « Le commerce des allongés », Alain Mabanckou raconte l’histoire extraordinaire d’un jeune homme qui vient de mourir, qui ressuscite et qui part se venger. Il était en octobre dernier invité à la Quincave à Paris pour parler de son livre.
Bob Parent, souvenirs de jazz
L’écrivain américain James Graham évoque quelques souvenirs de son ami Bob Parent (1923–1987), un des grands photographes du jazz.
Shlomo Sand : vous voulez vraiment que je parle de ça ?
Depuis Comment le peuple juif fut inventé, Shlomo Sand, historien, professeur émérite de l’université de Tel Aviv, est honni par les uns, qui voient en lui un ennemi de son pays voire de son peuple et l’ont mal lu ; adulé par les autres, antisionistes, qui l’ont souvent mal lu aussi. Il publie son premier polar, La Mort du Kazhar rouge, que l’on conseillera aux deux. Le roman, policier ou autre, a cet avantage : il échappe aux catégories et ouvre sur la nuance, l’intime. Et l’auteur. (Lire l’entretien)
Relais 4×400 m messieurs
Plaire, aimer et courir vite, le film de Christophe Honoré montre le relais que se passent trois hommes de générations différentes. Leur course est pleine d’obstacles : nous sommes dans les années 1990 et le SIDA fait des ravages.
Farinelli nous casse les oreilles
Malgré leurs caractères diamétralement opposés, il semble que l’amitié entre Scarlatti et Farinelli ne se soit jamais démentie. D’ailleurs, c’est à Farinelli, dépositaire de l’héritage musical de Maria Barbara, que l’on doit de connaître aujourd’hui les sonates. On raconte que le divin castrat fit beaucoup pour aider Scarlatti, empêtré dans ses dettes de jeu, moyennant la mise au propre de ses sonates, mais il y avait entre eux bien davantage que de vulgaires histoires d’argent ou d’intérêts. (Lire l’article)
Quino, face B
Le dessinateur argentin, mort le 30 septembre à Mendoza à l’âge de 88 ans, n’est pas seulement le génial créateur de Mafalda. Dans un documentaire réalisé en 2005, Mariano Llinás et Ignacio Masllorens proposaient, dessins à l’appui, une édifiante analyse de l’art de Quino.
François Garde, pour ceux qui se lèvent, à Sarcelles ou même ailleurs
La haine, la peur, le rejet. Face à cela, des jeunes de Sarcelles ont décidé, à leur échelle, de réagir, avec courage et générosité. Ils ont vu les images de ces gens jetés sur les trottoirs parisiens, en plein XXIème siècle, affamés, bousculés, ignorés. Ils ont donné un peu de leur poche et ils se sont mis à cuisiner. Cent cinquante repas et sandwiches. Qu’ils sont allés distribués à Stalingrad et à Porte de la Chapelle. Avant de lancer un “défi” aux autres quartiers de banlieue pour qu’ils fassent de même. Ils se sont levés, comme le protagoniste du dernier roman de François Garde, L’Effroi. Et comme ceux qui les imiteront. (Lire l’article)
Ailleurs, partout : résistance de l’humain
Le film d’Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter propose un choix osé et radical: prélever des images de caméras de vidéo-surveillance et de live-cams disponibles sur Internet, et n’en garder que les moments décevant les attendus. Un film précieux qui met à mal les stéréotypes associés aux documentaires sur les migrations.
Un jésuite à éclipses
En 1725, Domenico Scarlatti se voit confier une mission par l’ambassadeur du Portugal à Paris : remettre au roi une lentille de lunette astronomique… L’instrument, lui explique da Cunha, a été livré à Lisbonne imperfeito, et Jean V est furieux de s’être fait rouler dans la farine par un artisan français pourtant réputé, Nicolas Bion. On sait le roi grand amateur de musique, d’art, de littérature et de sciences naturelles, mais il se passionnait aussi, comme tout honnête homme à l’époque, pour l’astronomie dont un certain Isaac Newton, président en exercice de l’académie des sciences anglaise, la Royal Society, venait de trouver le grand secret : l’attraction universelle. (Lire l’article)
Comment Pierre Paulin est devenu Paulin
De ses sièges suaves et colorés à ses intérieurs en forme de tentes ou de cocons, le designer français (1927-2009) a conçu un monde de mobilier et de mini-architectures organiques qui ne renient pas le confort mais s’épanouissent comme des fleurs ou des igloos. Ce pragmatique si inventif n’a pas été reconnu en France avant les années 2000. Le Centre Pompidou lui consacre enfin une exposition qui retrace le parcours rigoureux et chaotique de celui qui ne revendiquait qu’un titre, celui de “dessinateur industriel”. Un modeste tourmenté qui avait un art tout à fait singulier de se projeter dans l’espace et qui a su inventer un paysage domestique complet et continu. (Lire l’article)
Murs
Des bruits dans la tête, de Drago Jancar. L’histoire d’une prison. L’allégorie de la servitude. Un homme qui se révolte, d’autres qui ne veulent que suivre ou profiter en oubliant que, si la richesse de l’autre lui est ôtée – liberté, rêves, famille, maison, argent – jamais elle ne sera partagée. La puissance de l’ordre partout. Vies, rêves et poumons piétinés dans le sable. Et pourtant. Toujours, l’homme revient. L’absence de perspectives communes dit-on ? Idée fausse ! Cette défaite supposée est une chimère à repousser comme une araignée noire. (Lire l’article)


















