Bons baisers de Nouvelle-Zemble
Le nom de ce longiligne archipel, situé bien au-delà du cercle polaire, signifie la "Nouvelle Terre". Mais son destin tragique l’éloigne de toute espèce de virginité boréale pour la rapprocher plutôt des terres quasi-mortes, empoisonnées par le rayonnement nucléaire, de celles ayant échappé de peu à la vitrification.
Grandeurs et Misères de l’hugologie
Victor Hugo étant (fort légitimement) hissé chaque année un peu plus haut au firmament des saints républicains, toute nouvelle édition des Misérables, son œuvre-phare, prend un air d’événement. Ce fut encore le cas le mois dernier avec la parution d’une deuxième édition de ce roman en Pléiade, établie par Henri Scepi. Les exégètes continuent donc de se presser autour de la bible hugolienne avec une science et un respect accrus. Et cet événement dépasse de loin le seul domaine littéraire puisque c’est une partie de l’âme de la France qui passe ainsi sous le scalpel, à un moment où la France ne sait plus très bien où elle en est, de son âme. (Lire l'article)
Rafael Chirbes, la belle écriture
L’écrivain espagnol Rafael Chirbes est mort. Denise Laroutis, sa traductrice en français, revient sur son œuvre, ses livres qui sont des fleuves de mémoire, de savoir, de raffinement. Atteindre à l’émotion par la précision, l’exactitude, jusqu’à la surprise du détail qui vous sabre. Faire le récit de ce qui se passe, narrer son temps, le faire surgir d’un texte-corps, souvent massif. Assumer la complexité de la vie sans feintes, sans effets, mais en soulevant chaque pierre pour observer ce qu’elle cache. Aucune économie, une efflorescence d’écriture, une abondance nécessaire. Son labeur, toute sa vie : celui d’un façonneur du réel ; le résultat : une œuvre d’art, majeure, dans les hauteurs. (Lire la suite)
13 – L’art et la manière
D’une série, on connaît souvent les acteurs et les créateurs, plus rarement les réalisateurs, et jamais le directeur artistique. Or cette dernière fonction est essentielle. L’esthétique d’une série ne se résume pas aux décors et aux costumes, c’est une question d’atmosphère globale, chose impalpable qui impressionne la rétine à chaque plan.
Clichés et contre-clichés (lieu commun)
Chaque nouvelle édition du festival d'Aix-en-Provence apporte dans son sillage une nouvelle rhétorique de la note d'intention. Cette année, le cliché est à la mode, ou plutôt la chasse aux clichés. Mais que penser des contre-clichés du Moïse et Pharaon de Tobias Kratzer?
La forêt de Debussy
Dans ses épatantes chroniques musicales intitulées Monsieur Croche, Debussy s'élève contre une interprétation de Beethoven trop imitative et ne laissant aucun champ à l'imagination : “Rend-on le mystère d'une forêt en mesurant la hauteur de ses arbres ?” demande-t-il. Que faire devant la forêt Scarlatti aux 555 arbres, la jungle faudrait-il dire, remarquablement impénétrable aux techniques habituelles de la musicologie, laquelle s'interroge toujours, entre autres, sur la chronologie des sonates ? Et si l'on mesurait la longueur des sonates ? Ou plutôt le rapport des deux parties, qui permet de comparer des sonates de longueurs différentes. De façon totalement inattendue, il apparaît que ce nombre varie de façon cohérente d'un bout à l'autre du corpus, et que cette variation reflète l'évolution des stratégies de composition utilisées par Scarlatti... (Lire l'article)
“Mes personnages sont le réceptacle d’une misogynie féroce”
L'auteur de Haine revient longuement sur la genèse des deux monstres qui cohabitent dans son roman.
Stratagèmes pour un écrin de parfums
On attend les effluves du printemps, les remugles métalliques des particules fines nous gratouillent les narines. Voilà de bons arguments pour exciter nos papilles olfactives dans un énorme flacon lumineux de fragrances. Le Grand Musée duParfum parisien, grâce à un dispositif scénographique et un design astucieux, remet le nez au centre de notre corps, entre chimie et art. Inspirons fort, pour capter un patrimoine historique invisible, et nos propres émois de senteurs. Le lieu pose une question, et la résout assez bien : comment crée-t-on un tel musée, sans œuvres solides, avec une matière si volatile ? (Lire l'article)
Le nouveau western
Un temps, le polar scandinave, par sa critique de la social-démocratie en correspondance avec les problématiques intimes et sociales des lecteurs français, a touché juste en apportant conjointement dépaysement et réponses. Le western aujourd’hui, par sa violence, ses antagonismes, ses dilemmes moraux, dans un monde sauvage en totale mutation, revient en force et qualité dans les catalogues des éditeurs. (Lire l'article)
Centaures
Giovanni Domenico Tiepolo a réalisé entre 1771 et 1791 plus de cent quarante dessins à l’encre,...
Marco Layera, à gauche prout
Dans La Imaginación del futuro, présenté au festival d'Avignon 2014, le metteur en scène chilien Marco Layera s'amusait à déboulonner l'icône de gauche Salvador Allende, représenté en vieille baderne gâteuse responsable des exactions de la dictature à venir. Plutôt réussie dans la forme, la satire laissait perplexe quant au fond, même sous couvert d'humour et de second degré. Dans La Dictadura de lo cool, son nouveau spectacle, on retrouve les mêmes ingrédients : farce politique déjantée et fond de sauce réactionnaire, même si Layera prétend se donner un vernis radical d'ultra gauche.
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Haine : un roman qui fait mal
Haine, le dernier roman de José Manuel Fajardo, dresse le portrait de deux hommes en train de devenir des monstres. Tous les deux haïssent : l'un à Londres au XIXe siècle, l'autre à Paris au XXIe.
Le livre d’artiste ou la passion des deux arts
Poète et imprimeur, Roland Chopard a fondé sa maison en 1978. Les éditions Æncrages & co ont depuis publié plusieurs centaines de titres, tous cousus main. Explications.
La Nuit des Rois
Il nous plaît d’imaginer que Abbey termine sa grande série de 1891 par La Nuit des Rois, qui...
Il Miracolo, une histoire du trouble
Dieu, ces derniers temps, visite souvent Arte et c’est tant mieux. Après Au nom du père, co-production avec le Danemark, et son ravageur pasteur, voici Il Miracolo, co-production avec l’Italie, avec sa vierge en plastoc qui pleure des litres de sang. Serait-ce un rien passéiste ? Parce que l’Italie, là, semble moins habitée par les miracles de la madone que par de bons vieux démons. Erreur. (Lire le guide)
La Tempête
Dernière des quatre comédies illustrées en 1891, La Tempête. Sous la plume d’Edwin Austin...
The Counterfeit Cat
Ce n'est pas le nonsense surréaliste qui fait rire chez Avery, c'est la logique imparable qui se cache derrière. The Counterfeit Cat est sans doute le plus bel exemple de sémiophysique avéryenne, et d'une complexité logique parfaitement maîtrisée.
Skizzenbuch (2)
Le succès du premier recueil de dessins Skizzenbuch I fut tel que le deuxième, Skizzenbuch II,...

















