La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

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Vegan
| 14 Nov 2022

et on supposa qu’ils honoraient leurs morts par des plaques ou des inscriptions commémoratives aux murs, aux arbres, aux pierres, posées ou gravées là où, peut-être, était survenu le décès, comme il arrive qu’on accroche un bouquet et une image au carrefour où est tombé un héros où à la rambarde qui n’a pas suffi à retenir la voiture de  basculer dans le précipice, mais leurs tombeaux ou ce qu’on avait d’abord pris pour des tombes au sens commun d’un lieu où l’on ensevelit un mort étaient vides, ou plus exactement ne contenaient que des objets, des statuettes, des bijoux, de la vaisselle, de la monnaie, mais aucun reste de corps, rien d’organique ; aussi parmi les chercheurs l’hypothèse devint-elle peu à peu plausible qu’une grande partie de leurs habitudes alimentaires, de leurs mœurs domestiques et de leurs rites funéraires concourraient à les conforter dans l’idée que non seulement ils n’étaient pas des proies, mais qu’ils n’étaient pas comestibles, qu’ils ne sauraient être chassés ni mangés, pas plus dans leur âge tendre et charnu par des ogres que dans celui de leur maturité musculeuse par des moustiques ou des bêtes féroces, ni non plus à l’état de cadavres par des charognards, des vers ou des crustacés. Des excréments révélèrent qu’ils se nourrissaient de préférence des animaux par lesquels ils se sentaient menacés de dévoration, de succion, de rongement, et les fouilles, qu’ils se protégeaient par tous les moyens matériels, spirituels ou magiques de ceux qu’ils ne pouvaient manger, soit qu’ils ne fussent pas comestibles, soit qu’eux-mêmes ne fussent plus en mesure de rien avaler. Pour autant l’énigme demeura entière de ce qu’ils faisaient de leurs morts, car si l’on mit au jour des restes de bûchers, les cendres qu’on y analysa se révélèrent sans exception d’origine végétale

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