Auteur : Sophie Rabau

I. Naissance et enfance de Tigrovich

Qui n’a pas connu Tigrovich ? Son port majestueux, son allure souple et balancée dont la cambrure arquée accentuait encore la grâce, et le soir, quelquefois, après le show (il aimait dire show, cela faisait anglais), le doux frémissement d’un muscle vigoureux sous les rayures satinées ? Ce vivant tableau où la Nature défiait l’Art, qui parmi nous n’en garde pas la chère image gravée dans les recoins de sa mémoire ? Qui oserait imaginer que notre héros fut d’abord un jeune tigre, lourdaud, maladroit – et de rayures, point ? (Lire l'épisode)

“Gros” n’est pas un gros mot pour Babar

Il est vert, il est gras, mais ce n’est pas une des plantes que le Dr P. entretient soigneusement dans les couloirs du service de médecine littéraire. C’est Babar l’éléphant dans son costume vert. Babar croit souffrir d’obésité. Il souffre en fait de grossophobie et nous en souffrons tou.te.s. Heureusement, la Dr R., toujours au fait des dernières avancées de la médecine littéraire, lui propose un nouveau protocole mis au point Daria Marx et Eva Perez-Bello et intitulé “Gros” n’est pas un gros mot. Si vous n’êtes pas encore vacciné contre ce mal terrible et invisible, lisez vite cette ordonnance : un remède peut vous sauver de la haine contre soi et contre autrui. (Lire l'article)

Elsa Dorlin pour Antigone

En butte à l’obstination d’une direction servilement docile aux consignes ministérielles, le service de médecine littéraire a voté à l’unanimité l’occupation de son lieu de son travail. Mais voici qu’arrive une jeune activiste antique, Antigone, dont la délicate pathologie (soumission dans l’insoumission) requiert tous les soins de la Dr R. Le traitement choisi (Elsa Dorlin, Se défendre. Une philosophie de la violence, La Découverte, 2018) fera-t-il son effet ? La Dr R. gagnera-t-elle par le fait le cœur de Gladys du service de chirurgie poétique et l’estime de ses consœurs ? Et surtout le service parviendra-t-il à tenir l’occupation tout en dégustant ses merguez syndicales ? (Lire l'article)

Marie Darrieussecq pour Caroline Forêt (*)

Pas une semaine sans qu’une nouvelle et mystérieuse pathologie ne vienne mettre à l’épreuve la sagacité des praticiennes du service de médecine littéraire. Adressée par nos confrères de chirurgie poétique, Madame Caroline Forêt présentait toutes les apparences d’une zoophilite aigue ou amour excessif des animaux. Il a fallu tout le flair du Dr Rabau pour déceler derrière ce symptôme une calymite ou réaction obsessionnelle inflammatoire au voile portée par certaines femmes. Il a été prescrit en première intention Notre vie dans les forêts de Marie Darrieussecq (P.O.L. 2018) afin de lutter contre l’infection. À l’heure actuelle, la patiente reste hospitalisée et le pronostic est incertain. (Lire l'article)

Massacre des innocents pour le Président de la République

Grâce à son sang froid et à son flair médical, le docteur Rabau a pu diagnostiquer et prendre en charge M. Macon, président de la République, bien connu au service de Médecine littéraire, alors qu’il traversait un épisode aigu de diabète politique sucré. Après une intervention en urgence au palais de l’Élysée, le patient a été admis au service de Médecine littéraire et un traitement de fond a été mis en place avec la prescription du Massacre des Innocents de Marc Biancarelli (Actes Sud, 2018). Les résultats sont encourageants et l’acidité du patient a pu être révélée. La vigilance et des soins réguliers restent toutefois nécessaires. (Lire l'article)

L’Odyssée, chant XII, pour les électeurs de Mélenchon coincés entre Charybde et Scylla

L'Odyssée, traduction de Philippe Jaccottet (La Découverte). Une ordonnance littéraire pour les électeurs de Mélenchon, par le Dr Sophie Rabau

Comme vous, comme Ulysse, écrit le Dr Rabau, je suis un peu affolée. Comme vous, comme Ulysse, je vais tenter de passer dimanche par la route des deux monstres et de perdre le moins de femmes et d’hommes possible avec mon bulletin si petit quand je le compare à l’aboyeuse et à l’engloutisseur. Ce médicament commence au moment où Circé donne des consignes de vote à Ulysse, sous couvert de lui indiquer la route à prendre pour rentrer à Ithaque. (Lire l'article)

Soins de fin de gauche

Ces dernières années, l’allongement de l’espérance de vie politique, la chronicité de pathologies autrefois mortelles (trahison, déloyauté, infidélité, parjure, reniement...), ainsi que les progrès du cynisme et de l’ambition personnelle ont généré une augmentation sans précédent des personnes se trouvant en situation de fin de gauche à domicile ou, le plus souvent, dans des établissements publics. La prise en charge des fins de gauche est donc un défi majeur pour la médecine littéraire. À cet égard, Les Métamorphoses d’Ovide constitue un cocktail thérapeutique intéressant. (Lire l'article)

Mallarmé pour Emmanuel M.

Stéphane Mallarmé, Poésies, édition de Bertrand Marchal, préface d'Yves Bonnefoy, coll. Poésie/Gallimard, 1992. Une ordonnance littéraire de Sophie Rabau dans délibéré

Monsieur Emmanuel M., âgé de 45 ans, marié, ministre des Finances, se présente à la consultation du service de chronobibliopathologie, adressé par son médecin traitant suite à une histoire d’insomnie, retards, pertes de montres et agenda. À l’anamnèse, on retrouve des événements déclencheurs idiopathiques : désintérêt pour la lecture dès la puberté, tentative, au début de l’âge adulte, de faire entrer “26 heures dans une journée” selon l’expression du patient. Après réunion du staff, on propose un traitement allopathique à raison d’un voyage en bus sur le trajet Paris-Marseille avec lecture d’un sonnet tiré de la pharmacopée classique. (Lire l'article)