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Catégorie : Guide

Nos ennemies les bêtes

Contre les bêtes de Jacques Rebotier au festival d'Avignon 2019

Jacques Rebotier a écrit Contre les bêtes il y a quinze ans. Un texte drôle et en colère, interprété pour la première fois en 2004, au festival d'Avignon, par le comédien Alain Fromager. Un poème-manifeste égrenant quelques propositions pour éradiquer de la surface, et même des profondeurs du globe, les quelque 6 800 000 autres espèces qui encombrent l’horizon des (h)ommes. Au festival "off" d'Avignon, c'est la version lue-jouée par Rebotier lui-même, qui est donnée. (Lire l'article)

Terri Weifenbach ou la symphonie des oiseaux

Terri Weifenbach - Des oiseaux, éditions Xavier Barral, 2019

La photographe américaine Terri Weifenbach vient de publier aux éditions Xavier Barral un ouvrage somptueux dans la collection ”Des oiseaux”. Des photographies prises au fil des saisons entre 2015 et 2018 dans le jardin de sa maison, à Washington D.C., montrant une nature familière, humble, qui pourtant s’ouvre sous son objectif à une dimension inconnue et troublante. (Lire l'article)

Le temps et l’espace

Si la musique a besoin du temps et des temps, elle se déploie également dans l’espace, les espaces même comme ceux, souvent inédits ou inattendus, que choisit le Festival Intervalles pour faire découvrir des musiques rarement jouées et inventer de nouvelles manières de les interpréter, de les écouter.

Kate Morton, les méandres de l’histoire

Kate Morton, La Prisonnière du temps, traduit de l'anglais (Australie) par Anne-Sylvie Homassel, Presses de la Cité, 2019

Vient de paraître en mars dernier un nouvel opus de l’Australienne Kate Morton, qui s’est fait connaître notamment avec Les Brumes de Riverton (traduit par Hélène Collon). La Prisonnière du temps (traduit par Anne-Sylvie Homassel), un roman de plus de six cents pages, qui rassemble tous les ingrédients d’une histoire familiale courant sur plusieurs générations avec mystères et révélations, amours contrariées et morts précoces, trahisons et sacrifices… Un page-turner de plus ? Non, justement.

Le virus des objets

Martine Bedin et Claude Eveno, Objets, nos amis. Une conversation, éditions éoliennes

Martine Bedin et Claude Eveno se sont rencontrés en 2000, ont beaucoup correspondu. Au fil de leur amitié, à travers textes et lettres, ils retracent leurs souvenirs respectifs, leurs initiations croisées, leurs constats actuels. Se répondent leurs relations aux lieux, à l'espace, aux voyages, aux maisons, à l'art, à l'architecture, à la photographie... Au design finalement, dans Objets, nos amis. Une conversation, un livre où ils dressent un état du monde des choses subjectif, joyeux et désenchanté. (Lire le guide)

Niko Pirosmani ou le naïf clairvoyant

Niko Pirosmani, Truie blanche avec porcelet. Musée national de Géorgie, Musée des beaux-arts Shalva Amiranashvili, Tbiliss

Le peintre géorgien Niko Pirosmani (1862-1918) est un de ces artistes dits “naïfs” qui, leur vie durant, ont œuvré dans le périmètre de leur environnement immédiat et peint leur quotidien, celui des petites gens. Mais aussi, pour Pirosmani, quelques grands événements de l’histoire et des aperçus de la vie des couches aisées de la société. À Arles, jusqu'au 20 octobre, la fondation Van Gogh expose une trentaine de ses toiles. C’est un éblouissement où tout voisine avec une égale dignité et une même importance, hommes, bêtes et plantes. (Lire l'article)

Serge Maggiani repousse le temps

Serge Maggiani dans Je poussais donc le temps avec l'épaule, mise en scène de Charles Tordjman

Allure princière, voix aux accents populaires, Serge Maggiani est à l'aise dans les salons et en cuisine, comme s'il était à la fois Swann et Françoise. La version 2019 de Je poussais donc le temps avec l'épaule, spectacle mis en scène par Charles Tordjman, n'est pas une re-création à l'identique de celle de 2001, mais son prolongement, une célébration du temps retrouvé. (Lire le guide)

Battle

Battle verbale, comme diraient les rappeurs, mais pas absurde. Eugène Delacroix peignait, écrivait aussi. À George Sand entre autres. Yannick Haenel et Gaelle Obiégly déambulent dans le musée et font joute avec leurs phrases préférées du peintre.

Dolorosa

#guide

 

J’ai connu une femme qui collectionnait les Stabat Mater, comme d’autres les timbres : Palestrina, Vivaldi, Scarlatti Pergolèse, Haydn, Schubert, Rossini, Verdi, Poulenc… Elle les avait presque tous. Mais, si mes souvenirs sont exacts, il manquait à sa collection le beau Stabat Mater de Dvorak, que donnera le Chœur Montjoie, dirigé par Olivier Kontogom, les 18 et 20 juin à la Chapelle du Val-de-Grâce et le 24 juin en l’Église Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux. Une occasion, même si l’on n’est pas collectionneur de Matres dolorosae, d’entendre Jean Goyetche et Florence Barbara, dont les voix ne nous sont pas inconnues.

Sophie Rabau
Guide
Portraits de voix lyriques

Le Chœur Montjoie se produira mardi 18 juin et jeudi 20 juin 2019 à la Chapelle du Val de Grâce, 1 place Alphonse Laveran, 75005 Paris, et le lundi 24 juin en l’église Notre-Dame des Blancs Manteaux, 12 rue des Blancs Manteaux, 75004 Paris.

 

Les Abandonnés, polar du logement

Xavier de Jarcy, Les Abandonnés. Histoire des “cités de banlieue”, Albin Michel, 2019

Les Abandonnés. Histoire des "cités de banlieue" de Xavier de Jarcy nous explose au nez comme certaines tours rendues coupables qui ont été depuis détruites. De la cité-jardin de Suresnes construite en 1921 aux grands ensembles des années 1970, le journaliste de Télérama démontre que le logement social a été toujours théorisé dans "un urbanisme autoritaire formulé dans l'entre-deux-guerres", et surtout dans une économie de guerre récurrente où l'habitat est sans cesse relégué au non prioritaire. D'abord dans un "dirigisme sans argent", puis dans la spéculation quand le libéralisme va s'imposer. (Lire l'article)

Kelly Rivière remonte à la source

An irish story, spectacle de Kelly Rivière au théâtre de Belleville

À partir d'un secret de famille – un grand-père irlandais disparu dont personne ne veut parler –, Kelly Rivière, seule en scène, offre une hilarante pièce intime solidement construite. Dans sa quête des origines, elle passe sans cesse d'une langue à l'autre, jusqu'à brouiller les repères, comme si les barrières linguistiques étaient emportées par le flux de son histoire. Une incertitude linguistique qui fait écho aux incertitudes d'un final qui laisse beaucoup plus de questions que de réponses. (Lire l'article)

Si l’archi m’était contée

Le potager du roi © Thierry Chapelier

Dans la fastueuse "ville nouvelle" créée par Louis XIV, trônent les futures gares du Grand Paris, des parcours historiques, de nouveaux bâtiments locaux, et des expositions menées par les écoles d'architecture et du paysage de Versailles. La première BAP, Biennale d'architecture et de paysage d'Île de France, se dessine et balance sur deux pieds. Des plus politiques et polémiques aménagements, aux projections "Augures" plus rêveuses de jeunes concepteurs et artistes. Entre ville et nature, particulièrement au Potager du Roi. Une première biennale, c'est alléchant, une certaine liberté pionnière devrait s'y exprimer... (Lire l'article)

Les improbables dimensions de Giulio Paolini

Giulio Paolini L'arte di non esserci, 2018-2019

C’est ce qui frappe d’emblée quand on entre dans la grande salle du rez-de-chaussée de la galerie Marian Goodman  : les quelques toiles de Giulio Paolini exposées dans ce vaste et clair espace nous font immédiatement pénétrer dans une dimension indéfinissable. Trois grands ensembles y sont présentés, composés de boîtes en Plexiglas, dessin, collages – des surfaces divisées, géométriques, dont l’assemblage crée une illusion d’unité. Car tout se déconstruit à mesure qu’on regarde. Les lignes de fuite se multiplient à l’envi dans des encadrés de tailles différentes, dont certains se recoupent, tandis que d’autres semblent se disperser au gré d’un hypothétique souffle de vent. (Lire l'article)

À vos plumes

D'un trait l'oiseau (Jacques Bonnaffé) à la maison de la poésie

Livres, films, séries, théâtre, danse, expos... Chaque semaine, les choix de délibéré. Cette semaine, à la Maison de la poésie, Jacques Bonnaffé organise une soirée de mobilisation autour de deux variétés en danger d'extinction : les oiseaux et les poètes. (Lire le guide)

Winy Maas à Bordeaux, ou comment sortir de la ZAC

Îlot Queyries (Bordeaux) vue du chantier depuis la rive gauche © Ivan Mathie

Allons nous continuer en France, en Europe, à construire des ZAC qui se ressemblent toutes ? Après les quartiers modernistes, concentriques, excentrés et standardisées d'après-guerre, devenus des ghettos, ces ZAC sont apparues à partir des années 90 comme une bonne solution, avec leurs îlots décalés, leurs échelles plus humaines, leurs façades toutes différentes. Jusqu'à virer à la « mascarade » décorative. À Bordeaux, quai des Queyries, l'architecte néerlandais Winy Maas construit un ensemble de logements en rupture avec les choix habituels. En chantier, son projet fait aussi l'objet d'une exposition au centre d'architecture Arc en rêve. (Lire l'article)

Le sabre et le bouclier, comme un goût de guerre froide

La statue de Felix Dzerjinski, fondateur de la Tcheka, abattue en 1991. Mais replacée depuis dans sa ville natale (source: orthodoxie.com)

C’est un passage d’une minute à peine, qui figure dans le troisième volet du documentaire prochainement diffusé par Arte, consacré au KGB en ses divers états, de la Tcheka au FSB d’aujourd’hui, en passant par la Guépéou, le NKVD ou le MVD. On y voit Vladimir Poutine, alors en passe de devenir président pour la première fois, s’adresser à un parterre de Kgbistes réunis à la Loubianka. "Chers camarades, je vous informe que le groupe d'agents que vous avez chargé d'infiltrer le gouvernement a accompli la première partie de sa mission..." (Lire l'article)

Rouge, deux fois

Boris Ignatovitch, Le métro (Grand Palais)

« Que les balles crépitent dans les musées ! » Dixit Maïakovski. Ce n’est pas vraiment l’ambiance au Grand Palais, même s’il faut longer les Champs Elysées, un peu calcinés, un peu bunkérisés, pour arriver devant les premières images qui attendent le visiteur : la prise du Palais. D’Hiver, s’entend, et filmé en 1928 par Eiseinstein. Mais ça crépite, et Maïakovski est bien là, qui déploya une folle énergie pendant ces quelques années de liberté créatrice où s’inventèrent l’agit-prop, et l’agitatsia, le design industriel et quotidien (presqu’au même moment que le Bauhaus), le suprématisme, le constructivisme, le théâtre moderne, de folles architectures. (Lire la suite)

Maguy Marin ou l’urgence

Maguy Marin, l'urgence d'agir. Un film de David Mambouch.

Œuvre d’amour, d’admiration, Maguy Marin : l'urgence d'agir, le film de David Mambouch sur sa mère chorégraphe n’a rien de convenu. Le réalisateur travaille l’épaisseur et la densité du vécu, sait laisser parler, prend lui-même la parole. Et l’on sent qu’il y a, de son côté, une exploration des origines, que le ballet May B, conçu par Maguy Marin alors qu’elle était enceinte de lui, est pour lui un second ventre maternel. Qu’il en vienne bien plus tard à remplacer un des interprètes, blessé, n’en est que plus troublant. À croire que cette pièce touche chez ceux qui l’ont créée, interprétée, vue, une fibre particulièrement intime. Les renvoie au cœur de leur existence propre. (Lire l'article)

« Hey!#4 », l’art de s’émouvoir

Pac-Man (2017) de Filip Hodas

Du stylo, de la mosaïque, des perles... Il n'y a qu'à voir les matériaux, variés, inattendus – et également les techniques, plurielles, pour comprendre pourquoi ce quatrième opus de "Hey! modern art & pop culture" se tient à nouveau à la Halle Saint-Pierre à Paris jusqu'au 2 août. Les œuvres montrées par Anne & Julien ne sont en effet pas loin de l'art brut qui traditionnellement réside ici, au pied du Sacré-Cœur. (Lire l'article)

Christian Rizzo en terre de lumière

Une Maison © Christian Rizzo

Dans Une maison, sa nouvelle création, Christian Rizzo convie quatorze danseurs emportés dans un flux continu de mouvements ponctués par de nombreuses entrées et sorties. On est tantôt sous un chapiteau avec des personnages qui portent des chapeaux pointus, turlututu !, dans une boîte de nuit pour un slow, dans une mascarade basque, dans un carnaval masqué où les mains se saisissent pour une ronde et autres farandoles. Le spectacle, créé après résidence à Bonlieu, Scène nationale d'Annecy, part pour une tournée internationale avant qu'on ne le retrouve en France avec de nombreuses dates l'an prochain et en ouverture du prochain festival Montpellier Danse en juin. (Lire l'article)

Les mots face au désastre

"… ici on trompe la mort, on la sait inévitable, on parle depuis elle, on parle déjà mort, mais depuis trois-quatre mille ans qu’on sait l’extinction inévitable, on sait aussi la tromper, on sait lui faire face, on sait la déjouer, c’est presque devenu instinctif : on reforme des liens perdus ou imaginaires, on se met à plusieurs, comme alors et comme aujourd’hui, et on se raconte des histoires." Trompe-la-Mort de Lionel Ruffel, est paru chez Verdier. (Lire le guide)

Marronnages

Marronnages, lignes de fuite. Photo Bernard Gomez

Bernard Gomez photographie la Guadeloupe depuis une décennie. Sylvaine Dampierre, cinéaste, en collaboration avec Frédéric Régent, historien, président du comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, se sont chargés du texte, du contexte, et d’un indispensable glossaire, à lui seul une mine. Marronnages, lignes de fuite, un de ces livres aimés par ceux qui l’ont fait. (Lire le guide)

Les frères Bouroullec, de la fontaine à la source

Erwan Bouroullec, Football © Erwan Bouroullec / Courtesy Galerie kreo

Le 21 mars, jour du printemps, l'eau des six fontaines taries du Rond-Point des Champs-Élysées – elles avaient été piétinées lors de la Coupe du monde de foot 98 – va jaillir à nouveau, quinze mètre au-dessus du sol. Elle s'écoulera du haut de six mâts, dans du cristal, vers les six bassins conservés, datant du XIXe siècle. Ces pièces exceptionnelles ont été redessinées, complètement réinventées par Ronan et Erwan Bouroullec, dans l'esprit de celles conçues par le verrier Lalique en 1930. Leurs mâts des Champs, projet précieux, fragile et onéreux, feront sans doute l'objet de critiques, au temps des gilets jaunes sur rond-point. En attendant, les deux frères font un pas de côté. Et exposent leur dessins personnels et respectifs, chez kreo, leur dixième monographie en cette galerie parisienne. (Lire l'article)

 

Vivian Maier ou l’incertitude

Vivian Maier, Milwaukee, 1967

La galerie parisienne Les Douches, qui, depuis 2013, a déjà réalisé plusieurs expositions des œuvres photographiques de Vivian Maier, présente jusqu’au 30 mars « The Color Work ». Pour l’essentiel, le travail de Maier sur la couleur, dans les scènes de rue dont elle est coutumière. Ce qui frappe dans une grande partie des œuvres présentées, ce sont les portraits. On ne cesse de s’interroger sur le rapport entre la photographe et ses modèles. Ceux-ci sont-ils partie prenante de la relation ? On pourrait croire qu’il n’y a rien entre l’image consentie et l’image dérobée. Pourtant, Vivian Maier réussit par moments le tour de force de se situer dans un entre-deux qui rend la chose indécidable. (Lire l'article)

Valérie Zenatti : le voyage à Czernowitz

Valérie Zenatti, Dans le faisceau des vivants, éditions de l'Olivier, 2019

Il suffisait de les avoir croisés ensemble une fois : ce qui unissait Aharon Appelfeld et Valérie Zenatti dépassait la complicité qui existe parfois entre écrivain et traducteur. Comme s’ils veillaient l’un sur l’autre. Comme s’ils étaient de la même famille. Après la mort d’Appelfeld, Valérie Zenatti était la seule à pouvoir écrire ce livre, de filiation et tendresse autant que de deuil. Dans le faisceau des vivants, aux éditions de l'Olivier. (Lire l'article)

Au bonheur des passages

Patrice de Moncan, Les Passages couverts de Paris, éditions du Mécène, 2018.

De la galerie Véro-Dodat aux Arcades des Champs-Élysées, combien y a-t-il eu de passages à Paris ? 305. Il y en avait encore plus d'une cinquantaine au XIXe siècle, il y en survit 18 aujourd'hui, raconte Patrice de Moncan, dans son ouvrage Les passages couverts de Paris : un livre d'histoire illustré publié aux éditions du Mécène,  pour redécouvrir les passages couverts de Paris. (Lire le guide)

Hockney ou l’art de l’inversion

David Hockney “Focus Moving”, 2018. Photographic drawing printed on paper, mounted on Dibond © David Hockney - assisted by Jonathan Wilkinson / Courtesy Galerie Lelong & Co. Photo : Richard Schmidt

Deux expositions au moins ont rendu hommage à David Hockney ces dernières années, à la fondation Vincent Van Gogh à Arles en 2015-2016 et au centre Georges Pompidou à Paris en 2017. La galerie parisienne Lelong &  Co. propose jusqu’au 9 mars un accrochage intitulé « New Photographic Drawings ». Pour l’essentiel, quatre œuvres de grand format, exposées dans une pièce, chacune occupant un mur. Des « dessins photographiques », comme les appelle Hockney, technique qui lui permet de montrer et de reconfigurer à sa guise des éléments de son environnement. (Lire l'article)

Miró pyromane

Joan Miró - Burnt Canvas (1973)

1973 : la tour Montparnasse est inaugurée, Libération publie son premier numéro, les ouvriers de Lip sont en grève, Picasso meurt, les derniers soldats américains quittent le Viet-nam, le collège Édouard-Pailleron brûle. Pendant ce temps, Joan Miró prépare la grande rétrospective qui doit le mettre en vedette l’année suivante au Grand Palais à Paris. (Lire la suite)

The Paper, l’Adriatique noire

Branka Katic - Novine - The Paper

Netflix le dit, The Paper (Novine) est la première série slave. Si l’on excepte toutefois l’indigeste The Teach polonais sur Canal+, qui ne raflera pas le prix du scénario. Mais The Paper, dont la saison 2 vient d’arriver est certainement la première série croate et la seule à être diffusée dans 190 pays. En faisant un tabac en Amérique latine. Peu ou pas de critiques en France à ce jour où l’œil se porte vers l’ouest, toujours : dommage, The Paper a les qualités des vrais romans noirs, atmosphère, personnages, envers du décor, plus un rien de baroque. (Lire la suite)

God save the spleen !

"De l’Angleterre et des Anglais" de Graham Swift et "Réservoir 13" de Jon McGregor

Lorsque les temps sont durs, et ils le sont souvent pour elle, Theresa May se replonge dans Jane Austen. Qui traitait avec grâce de l’économie, matrimoniale du moins. Mais les divorces, même européens, dépassent toujours les affaires matérielles. Deux auteurs, Graham Swift et Jon McGregor, bien contemporains, eux, viennent à point rappeler que les livres se moquent des no deal. Et ce que l’on aime tant, dans la littérature anglaise. (Lire l'article)

De quoi L’Amie prodigieuse est-elle le nom ?

L'Amie prodigieuse (épisode 1): Ludovica Nasti (Lila), Elisa Del Genio (Elena)

Ça ressemble à un film néoréaliste, mais ça n’en est pas un (même lorsqu’une scène sort tout droit de Rome ville ouverte). Ça à l’allure d’une vaste fresque sociale, mais n’en est pas tout à fait une (trop lissée). Tout comme les livres d’Elena Ferrante ont un air de chef d’œuvre mais n’en sont pas vraiment. Co-produite par HBO et la RAI, l’adaptation en série du premier tome de la tétralogie à succès, L’Amie prodigieuse, est arrivée sur Canal+ à la mi-décembre. (Lire le guide)

Il Miracolo, une histoire du trouble

Dieu, ces derniers temps, visite souvent Arte et c’est tant mieux. Après Au nom du père, co-production avec le Danemark, et son ravageur pasteur, voici Il Miracolo, co-production avec l’Italie, avec sa vierge en plastoc qui pleure des litres de sang. Serait-ce un rien passéiste ? Parce que l’Italie, là, semble moins habitée par les miracles de la madone que par de bons vieux démons. Erreur. (Lire le guide)

Lucia Laguna déploie ses pièges

Lucia Laguna, Paisagem n.111 (2018)

La galerie Karsten Greve, à Paris, présente pour la première fois en France une exposition personnelle de l’artiste brésilienne Lucia Laguna. L’occasion de se plonger dans l’œuvre foisonnante d’une peintre qui bouscule les repères de la perception. Ce qui frappe d’emblée dans cette peinture, c’est son caractère de rébus. Pour une part, elle se déchiffre. Elle invite à un travail d’élucidation, de reconnaissance, d’identification. De compréhension. Mais ce travail pourrait être le prélude à une approche plus complexe, forçant le regard à cesser de vouloir savoir. (Lire l'article)

Hugo Comics

Victor Hugo résiste à tout, même aux traits les plus fielleux. Ce sont ses adversaires qui ont pris un sacré coup de vieux. Exposition “Caricatures : Hugo à la Une” à la Maison Victor Hugo, place des Vosges à Paris.

Véronique Ellena, pose et vertige

La promenade dans les Calanques, série Les Dimanches, 1997, collection particulière © Véronique Ellena, 2018

L’œuvre de Véronique Ellena possède une étrange capacité à ouvrir au spectateur un espace mental peu exploré. Les scènes du quotidien qu’elle photographie sont pour la plupart « posées ». Leurs protagonistes se prêtent au jeu, se montrent dans des postures figées qui pourraient être emblématiques (d’un geste usuel, d’une action à réaliser…), mais sont bien plus que cela : des arrêts sur image qui échappent au quotidien pour devenir improbables, fruit d’un équilibre subtil entre le concret et la figuration d’une réalité qui, du coup, échappe. (Lire l'article)

Tomás Saraceno On Air

Ça ne tient qu’à des fils suspendus en l’air et pourtant on a rarement vu plus consistant. Sur les 20 000 mètres carrés qu’il s’est vu confier au Palais de Tokyo, Tomás Saraceno (Tucumán, Argentine, 1973) déploie un parcours d’œuvres vivantes qui s’échafaudent (littéralement) sur l’inframince.

Le pacte d’Adriana

Le Pacte d'Adriana, premier film réalisé par Lissette Orozco, intime, bousculé, avec vidéos familiales bancales, où certains parents ont fait flouter leurs visages, avec longues conversations par Skype, portables... est une investigation erratique et cruelle au sein d’une famille portée sur le silence, et d’un pays qui oublie. Adriana-Chany est-elle coupable, ou innocente comme elle le clame ?

Au nom du père

Au nom du père. Photo © Tine Harden

Ce pourrait être une saga nordique en dix épisodes, avec pasteurs, cols tuyautés, culte dépouillé ; la vibration intense des désirs humains confrontée à l’austérité luthérienne, sur fond de boiseries pastel et haute bibliothèque, tablée familiale, près de ces fenêtres lumineuses comme on les aime là-haut. Au nom du père est tout cela, entre autres.

Patrolin : J’ai décidé d’arrêter d’écrire

Pierre Patrolin, J'ai décidé d'arrêter d'écrire, P.O.L., 2018

On ne se méfie jamais assez des écrivains à la langue fluide. C’est beaucoup de travail ingrat. Ainsi Patrolin, l’auteur, décide-t-il de cesser. Vivre le monde, sans se balader avec des trucs notés sur des facturettes, des courriers du gaz, la marge du journal, avec cette ambition, mettre en mot l’instant, le bruissement des feuilles, l’idée traversante, la rue. Laisser vivre le monde. J’ai décidé d’arrêter d’écrire serait donc l’histoire d’une désintoxication. Il y a double bind romanesque : l’écrivain se tait, tandis que le narrateur rapporte le détail du renoncement. Mais ils ne font qu'un. (Lire l'article)

Les Noailles, des mécènes en scène

Alexandre Mare et Stéphane Boudin-Lestienne, Charles et Marie-Laure de Noailles, mécènes du XXe siècle, Bernard Chauveau éditions

De 1923 à 1973, ils ont soutenu et stimulé activement toutes les formes d'art. C'est cette “œuvre” des mécènes Charles et Marie-Laure de Noailles que reconstituent Alexandre Mare et Stéphane Boudin-Lestienne, historiens-chercheurs du Centre d’art Villa Noailles, avec la mise en scène des éditions Bernard Chauveau. Le titre : Charles et Marie-Laure de Noailles, mécènes du XXe siècle.

Épopée

En juillet dernier, au festival cinématographique de La Rochelle, le jeune réalisateur Emmanuel Gras recevait le prix du cinéma Art et essai pour son film documentaire Makala, sorti en 2017 et ainsi assuré d’une seconde sortie, largement méritée.

Inscriptions et immersion

Dans Enfants de Paris, 1939-1945, le graphiste Philippe Apeloig met en page les photographies de 1200 plaques commémoratives de l'Occupation qu'il traque depuis longtemps. Dans Demain, le vaisseau chimère, les deux designers Gaëlle Gabillet et Stéphane Villard mènent une recherche sur l’illusion et l’écologie à travers le medium des fresques, questionnant le monde à venir. 

Silence, on souffle

Sopro, du metteur en scène portugais Tiago Rodrigues : à travers la souffleuse, ce n’est pas seulement la mémoire du théâtre qui s’éveille, mais l’air qu’on y respire qui semble prendre une autre épaisseur...

Paris photo : déambulation féminine

Le salon Paris photo, qui est certes une foire, est aussi l’occasion d’admirer des travaux exceptionnels, ou de découvrir de nouveaux talents. Cette année, déambulation féminine qui ne prétend pas retracer toute l’histoire de la photographie mais organise un parcours depuis les pionnières aux dernières arrivantes, en passant par les battantes des années 70.

ypsilon à l’honneur

Ypsilon est une maison d'édition étonnante née en 2007 d'un projet précis : publier Un coup de Dés d’après les épreuves conservées à la Bibliothèque nationale de France et corrigées par Mallarmé, qui en avait prévu chaque détail : le format, les caractères et les illustrations d’Odilon Redon. Depuis, le catalogue s'est étoffé, des collections ont été créées... La Maison de la poésie lui consacre toute une soirée.

Famille, humour et patrimoine

Dans la série danoise Les Héritiers diffusée sur Arte, il est bien sûr question d’argent, de pas mal d’argent : un manoir de belle taille avec terres, et les œuvres de Veronika Grønnengaard, artiste contemporaine cotée au plus haut. Mais quand on parle d’argent, surtout en famille, on parle toujours d’autre chose.

Hugo et ses femmes

Victor Hugo et les femmes, c'est un joli thème de débat puisque Hugo fut à la fois un avocat du droit des femmes, un polisson patenté et un patriarche tourmenté. Eh bien, ce débat aura lieu le samedi 27 octobre à Granville, dans la Manche...

Les échos de Simone

La Passion de Simone – Weil –, de Kajia Saariaho, sur un livret français d’Amin Maalouf, compagnie La Chambre aux échos

Découvrir qu’il s’écrit des oratorios au XXIe siècle, qu’ils parlent toujours de passion, non plus selon Jean ou Matthieu, mais de la passion de Simone (Weil), adorer ou ne pas connaître encore la musique de la compositrice finlandaise Kajia Saariaho, retrouver ou rencontrer le travail de la compagnie de théâtre musical La Chambre aux échos... autant de raisons d’aller à Nantes.

Les Perses à l’Atelier

Les Perses d'Eschyle, traduction de Myrto Gondicas et Pierre Judet de la Combe, éditions Anarchasis

La librairie L'Atelier organise une rencontre avec Pierre Judet de La Combe et Myrto Gondicas autour d'une nouvelle traduction des Perses d'Eschyle, parue aux éditions Anacharsis. Une excellente façon de continuer à célébrer la traduction et les traducteurs, qui ont leur Journée mondiale, le 30 septembre, fête de saint Jérôme.

Hélène Bessette sort du silence

Hélène Bessette, Vingt minutes de silence, Le Nouvel Attila

Vingt minutes de silence est une inquisition en multivision, multiplicité de points de vue et de locuteurs, en changement vif et constant : le regard des coupables potentiels, le fils, la mère, mais aussi de la victime, le père, et des divers protagonistes, la bonne, les voisins, la rumeur publique, la presse, la police, finalement oui, celui du policier en investigation, le lecteur entre dans son cerveau et participe des méandres de sa pensée, qui n'est pas autre chose qu'un long questionnement, souple, ductile, glissant, rapide, spongieux, élastique, incertain, rétractile, contradictoire, liquide : la pensée elle-même.

La Halle Saint-Pierre, l’art brut japonais couramment

À l'occasion du Tandem Paris-Tokyo 2018, la Halle Saint-Pierre à Paris propose, jusqu'au 10 mars 2019, “Art brut japonais II” : les œuvres d'une cinquantaine de créateurs comme autant de signes d'un langage universel. Comme toujours avec l'art brut, il est d'abord question pour le spectateur d'observation, de ressenti, et d'empathie – ces mêmes qualités qui permettent d'entrer en communication avec autrui. On y voit des œuvres de laine, d'émail, d'argile ou de feuilles d'arbre, qui construisent des villes, des camions, des vélos – autant de matière et de thèmes familiers à ceux qui s'intéressent à l'art brut. (Lire l'article)

Vale Valletti

Serge Valletti, Tout Aristophane

Auteur, pour les éditions de l'Atalante, d'une retraduction de tout le théâtre d'Aristophane, Serge Valletti est ce dimanche soir à l'honneur sur France Culture. Au programme, la diffusion de On entend des femmes au loin, texte inédit enregistré cet été en public au festival d'Avignon par l'auteur et par Camille Chamoux. Et la rediffusion de L'invention de Suzanne, texte enregistré en 2007 avec Ariane Ascaride. 

Horoscope littéraire de la rentrée

En cette rentrée 2018, la revue délibéré et le service de médecine littéraire qu’elle héberge ont décidé de fournir aux lecteurs exigeants un horoscope digne de ce nom, un horoscope littéraire pour commencer d’un pied serein et assuré l’année, des livres plein les poches. Douze signes astrologiques, douze livres recommandés, tous choisis au sein de la pléthorique rentrée littéraire 2018. Car il ne s’agit pas de lire n’importe quoi, il s’agit de lire ce qui vous convient : le capricorne n’a pas les mêmes besoins de lecture que le lion, le sagittaire que la balance, cela tombe sous le sens mais cela, trop souvent, on l'oublie. (Lire l'horoscope complet)

Beauté fatale

Jiangsu, Chine, 2016, usine de transformation de poulets © George Steinmetz

Pour se poser ces questions, ou d’autres, pour voir le monde comme on peut et peut-être plus qu’on ne peut, pour écouter avec les yeux les artistémoins de notre temps qui parlent avec des images, il faut aller à Perpignan au 30e festival international du photojournalisme.

Deux à l’infini

Deux adultes, retrouvant le livre de leur enfance, « jouent à l’Iliade » dans un grenier, avec les moyens du bord. Une Iliade jouée par deux comédiens qui incarnent tour à tour héros et héroïnes, dieux et déesses, armées entières et mouvement de foule, on pourrait vanter le plaisir qu’elle donne, le rire qu’elle fait naître, l’émotion qu’elle suscite. Une Iliade d'après Homère, traduction de Jean-Louis Backès, mise en scène de Damien Roussineau et Alexis Perret, au Lucernaire, à Paris.

L’horreur, l’horreur

"L'horreur, l'horreur" : c'est par ces mots que s'achève la fameuse nouvelle de Conrad Le Coeur des ténèbres. C'est par ces mêmes mots qu'on pourrait introduire la très belle exposition que consacre la Maison européenne de la photographie à l'œuvre de James Nachtwey.

En attendant la fin

Poussière, de Lars Norèn, à la Comédie-Française. Photo © Brigitte Enguerand

#guide

 

Poussière, de Lars Norèn, à la Comédie-Française. Photo © Brigitte EnguerandNe manquez pas Poussière de Lars Norén qui se joue actuellement à la Comédie-Française. Dans un décor de ruines, Lars Norèn campe une dizaine de vieillards cacochymes qui attendent la fin, comme dans une pièce de Beckett. Pour tuer le temps, chacun d’eux se lance à tour de rôle dans un monologue drôle ou désespéré mais toujours très réjouissant. Le texte de Lars Norèen possède une force comique redoutable et on ressort de ce spectacle un peu éberlué. 

Gilles Pétel
Guide

Poussière, écrit et mis en scène par Lars Norén, à la Comédie-Française, salle Richelieu, du 10 février au 16 juin 2018.

  

Perrault creuse partout

"Dominique Perrault, la Bibliothèque nationale de France, portrait d’un projet 1988-1998". Une exposition est consacrée jusqu'au 22 juillet 2018 à cet architecte qui sonde "l’épiderme du sol" pour en extraire la "substance urbaine", ne cesse d'approfondir son architecture souterraine.

Les choix de délibéré – 16 mai 2018

Sauvez Palimpseste !

Encore une librairie en danger. Palimpseste, c’est la librairie de Censier, comme on l’appelle couramment. Ou plus précisément la librairie située dans la rue Santeuil, juste en face de la Sorbonne Nouvelle (université Paris 3). Dans ses rayons, on trouve tout ce qui a trait aux études de lettres et sciences humaines : de la littérature, de la linguistique, du cinéma, beaucoup de théâtre et, cerise sur le gâteau des hispanistes, une librairie espagnole en V.O.. Qu’on se le dise : « Aujourd’hui, Palimpseste reste la seule librairie universitaire indépendante de Paris. Elle ne peut pas crever dans l’indifférence générale ! » Un appel à la solidarité a été lancé. Nous le relayons ici. CV

Appel au financement participatif : Sauvez Palimpseste !
Librairie Palimpseste, 16 rue Santeuil, 75005 Paris

  

Le Madd

Sous l’impulsion de la directrice Constance Rubini, le Madd (Musée des arts décoratifs et de design de Bordeaux), pourrait bien devenir un lieu privilégié très cohérent pour le design. Avant « Construction » de Martin Szekely, on a pu y voir la riche exposition « L’image-livre. Éditeurs et artistes de l’avant-garde tchèque (1920-1930) ». Dans la cour, le mobilier des designers Fien Muller et Hannes Van Severen entraine tranquillement vers le café Madd, pour déguster une carte simple, et lire un savoureux journal : Octopus, précis artistique des mots de bouche. AMF

Musée des arts décoratifs et du design, 39, rue Bouffard. Ouvert 11h-18h (fermé les mardis). Tél. 05 56 10 14 00. 

  

Un livre pour Notre-Dame-des-Landes

Pour que les 30 fermes, salles collectives, logements qui ont été rasés ne disparaissent pas des mémoires, Notre-Dame-des-Landes ou le métier de vivre est un projet de livre consacré à cette ZAD, édité par Loco. Dessins, photographies de Cyril Weiner, témoignages, préface de l’architecte Patrick Bouchain, un texte de Christophe Laurens et les relevés de ses étudiants du master Alternatives urbaines de Vitry-sur-Seine, tireront les leçons architecturales et expérimentales des cabanes auto-construites. Financement participatif pour faire exister cet « utile-beau-livre ». AMF

Soutien au projet Notre-Dame-des-Landes ou le métier de vivre.

    

Relais 4×400 m messieurs

Il faut aller voir le dernier film de Christophe Honoré en compétition à Cannes et sorti en salles mercredi dernier. Empreint d’une joie mélancolique, le film montre le relais que se passent trois hommes de générations différentes. Leur course est pleine d’obstacles : nous sommes dans les années 1990 et le SIDA fait des ravages. Mais, dans le film, l’amour est plus fort que la mort. Les dialogues très écrits, souvent drôles ou profonds, toujours spirituels, jouent un grand rôle dans la réussite de Plaire, aimer et courir vite. On appréciera enfin la remarquable interprétation de Vincent Lacoste qui campe avec grâce et gaîté un jeune provincial déluré aux accents balzaciens. GP

Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré, avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès… Sortie en salles le 9 mai 2018.