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Catégorie : Théâtre

Agrippine vs canicule

Britannicus, de Racine, mise en scène de Christine Joly, avec Philippe Lebas, à l'Artistic théâtre (Paris), jusqu'au 31 juillet 2019
“Et ne connais-tu pas l'implacable Agrippine ?”, “J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer”, c'est dans Britannicus de Racine, la pièce dont le héros n’a jamais été Britannicus, mais Néron qui en est le centre, le metteur en scène et le moteur. Et s’il en était l’unique personnage ? Britannicus, de Racine, mise en scène de Christine Joly, avec Philippe Lebas, à l'Artistic Théâtre (Paris), jusqu'au 31 juillet 2019. (Lire l'article)

Nos ennemies les bêtes

Contre les bêtes de Jacques Rebotier au festival d'Avignon 2019

Jacques Rebotier a écrit Contre les bêtes il y a quinze ans. Un texte drôle et en colère, interprété pour la première fois en 2004, au festival d'Avignon, par le comédien Alain Fromager. Un poème-manifeste égrenant quelques propositions pour éradiquer de la surface, et même des profondeurs du globe, les quelque 6 800 000 autres espèces qui encombrent l’horizon des (h)ommes. Au festival "off" d'Avignon, c'est la version lue-jouée par Rebotier lui-même, qui est donnée. (Lire l'article)

Kelly Rivière remonte à la source

An irish story, spectacle de Kelly Rivière au théâtre de Belleville

À partir d'un secret de famille – un grand-père irlandais disparu dont personne ne veut parler –, Kelly Rivière, seule en scène, offre une hilarante pièce intime solidement construite. Dans sa quête des origines, elle passe sans cesse d'une langue à l'autre, jusqu'à brouiller les repères, comme si les barrières linguistiques étaient emportées par le flux de son histoire. Une incertitude linguistique qui fait écho aux incertitudes d'un final qui laisse beaucoup plus de questions que de réponses. (Lire l'article)

Dingues d’Onéguine

De sa traduction d'Eugène Onéguine, parue en 2005 chez Actes Sud, André Markowicz déclarait aux Assises de la traduction littéraire d'Arles en 2011, que c'était "ce qu'il a fait de mieux dans [sa] vie". Les 5 523 vers du roman de Pouchkine lui auront demandé plus de vingt ans de travail. Au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, Jean Bellorini orchestre une version théâtrale du roman de Pouchkine dans la traduction de Markowicz avec cinq acteurs murmurant aux oreilles des spectateurs munis d'un casque. Cela pourrait être monotone, ronronnant, c'est magnifique, rayonnant d'humour et de finesse. (Lire l'article)

Aurillac, fin de saison

Le festival de théâtre de rue d'Aurillac s'est achevé le 25 août. Aux manettes depuis 1994, Jean-Marie Songy a annoncé son départ. Une décision sans surprise mais qui laisse un sacré vide. Sous son égide, le festival est à la fois devenu un phénomène de masse et le principal lieu de création du genre. Rien de crépusculaire pour autant dans cette dernière édition. Clins d'œil historiques, projections vers l'avenir, diversité des formes : le directeur sortant a déployé sur l'affiche du festival 2018 l'éventail de ses goûts. (Lire l'article)

Les dossiers de la scène : l’affaire Wikileaks

Wikileaks, Bradley/Chelsea Manning, Julian Assange... dans le flux continu de l'information, les mots sont à la fois familiers et flous. C'était quand déjà ? Et Julian Assange, qu'est-ce qu'il devient ? Au fait, pourquoi faire une pièce de théâtre avec ça ? Quels fils tirer ? Qui ça peut encore intéresser ? Ça a en tout cas intéressé le metteur en scène Étienne Gaudillère, qui a fait de cette histoire la matière de Pale Blue Dot, son premier spectacle, créé en 2016 et présenté cette année au festival d'Avignon. (Lire l'article)

À la dérive

Quel rapport entre Méduse et Arctique, deux des spectacles donnés en clôture du Festival d’Avignon ? Tous deux relatent des histoires de naufrages en pleine mer, sans pour autant prétendre faire le lien avec l’actualité. Sans doute est-ce mieux ainsi. Reste pourtant un léger malaise : à force de tenir à distance toute référence à la réalité, les deux spectacles donnent le sentiment de tourner sur eux-mêmes, comme s’ils étaient, chacun à sa façon, sourds au monde, seulement préoccupés de leur propre survie. (Lire l'article)

Ivo van Hove, miroirs troubles

Coup de vieux dans la cour du Lycée Saint-Joseph à Avignon. Le metteur en scène Ivo van Hove adapte Vieilles gens et choses qui passent, un roman de Louis Couperus (1863-1923), figure des lettres néerlandaises. Costumes noirs et lumières sombres, l'obscurité règne sur les cœurs et les consciences, comme si le trio de vieillards qui mène cette drôle de danse avait contaminé les générations suivantes, les entraînant avec eux, quel que soit leur âge, aux portes de la mort. Vies malheureuses, gâchées, ralenties, le temps qui passe est du temps qui pèse et l'horloge qui bat au centre de la scène évoque moins le compte à rebours que la malédiction éternelle. (Lire l'article)

La possibilité d’un DeLillo

Encore un marathon organisé par Julien Gosselin, qui s'attaque cette fois à trois des romans majeurs de Don DeLillo. Inégal, moins maîtrisé que son adaptation du roman de Roberto Bolaño 2666, ce spectacle est aussi plus intéressant. C'est que les fils narratifs sont moins faciles à suivre, tant le style de DeLillo, riche en ellipses et surtout en silences suppose des lecteurs qui acceptent de s'égarer en chemin. La scénographie d'Hubert Colas est une boîte fermée – un grand livre au cœur duquel on se retrouve. On en retiendra de grands moments d'humour, de mélancolie, de cruauté, de complexité. (Lire l'article)

Milo Rau ou les vertiges de la tragédie

La Reprise, spectacle du Suisse Milo Rau joué au festival d'Avignon puis repris du 22 septembre au 5 octobre au théâtre de Nanterre-Amandiers dans le cadre du Festival d'Automne, revient sur le meurtre homophobe et raciste d'Ihsane Jarfi. Ce n'est ni une enquête, ni une reconstitution, ni un mausolée à la mémoire de la victime. Ce que met en scène Milo Rau dans tous ses spectacles, c'est moins l'histoire que le rapport à cette histoire. Si l'horreur et le meurtre ne sont pas explicables, on peut du moins tenter de comprendre ce qu'ils éveillent en nous. Regarder la tragédie et non le fait divers, c'est ce qu'il propose ici. Il y a de la tristesse dans ce spectacle. Et de l'intelligence. (Lire l'article)

Critique au poing

Critique de théâtre à L'Humanité depuis cinquante ans, Jean-Pierre Léonardini publie, chez Les Solitaires intempestifs, Qu'ils crèvent les critiques !, ni une autobiographie, ni un livre de souvenirs, plutôt un inventaire dans le désordre ou un retour d'expérience, sous le signe de l'humour et de l'élégance. Avec une conviction forte : “la critique procède avant tout d’un genre littéraire. On ne doit la juger qu'à cette aune-là.” (Lire l'article)

Simon McBurney et les fantômes de l’Amazonie

À l'étiquette de metteur en scène, Simon McBurney a toujours préféré celle de “conteur”. À l'Odéon, seul en scène, il adapte Amazon Beaming, récit halluciné d'un photographe américain égaré dans la jungle. C'est bien au chevet des spectateurs que se place McBurney tout au long d'une soirée où sa voix berce, surprend, fascine, et où, bien plus que les images et les lumières, les sons ouvrent les portes de l'imaginaire. (Lire l'article)

Pirandello, plein cœur

Championne des spectacles longs, Marie-José Malis récidive au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers qu'elle dirige. Après le Dom Juan de Molière présenté à l'automne (près de cinq heures de représentation), elle étire sur une durée équivalente Vêtir ceux qui sont nus, de Pirandello, au risque de mettre à mal la patience des spectateurs. Sauf que cette fois, le parti pris de la lenteur fonctionne : le calvaire d'Ersilia, l'héroïne de la pièce, est restitué avec une intensité qui questionne et bouleverse. (Lire l'article)

Dans la cuisine de Macbeth

Dans sa mise en scène de la pièce de Shakespeare, Stéphane Braunschweig imagine de faire lire à Lady Macbeth dans sa cuisine la lettre où son époux lui annonce la prédiction des sorcières  – “Salut, Macbeth, toi qui plus tard seras roi !" – et où commence à se concocter le régicide. Les monumentales parois de faïence nue renvoient aussi à la morgue et à la folie. Cet espace presque vide se remplit par moments mais les accessoires du pouvoir, lustres, dorures ou fauteuils, fonctionnent alors comme des illusions d'optique. (Lire l'article)

Don Quichotte, roman picard

Le coup du manuscrit retrouvé au fond d'une malle marche toujours. En l'occurrence, le scénario inédit – et improbable – d'un film sur don Quichotte que Métilde Weyergans et Samuel Hercule assurent avoir déniché dans un vide-grenier alors qu'ils étaient en panne d'inspiration pour un nouveau projet. De ce scénario, ils ont fait un film qui est au cœur d'un spectacle étonnant intitulé Dans la peau de don Quichotte, construit autour d'une fable simple mais pas simpliste, volontairement artisanal et bien loin de l'asepsie des images numériques. (Lire l'article)

Au fond du trou, l’Europe

1993, le spectacle que met en scène Julien Gosselin avec des acteurs tout juste sortis de l'École du Théâtre national de Strasbourg, interroge les racines d'un malaise européen, à partir de deux symboles de la construction européenne dans les années 1990 : le tunnel sous la Manche, l'accélérateur de particules conçu par le CERN à la frontière franco-suisse. Signé Aurélien Bellanger, le texte du spectacle reprend aussi aussi plusieurs extraits de La Fin de l'histoire et le dernier homme, l'essai polémique de Francis Fukuyama. (Lire l'article)

Jonathan Capdevielle en construction

Au Festival d'automne, Jonathan Capdevielle a présenté deux spectacles. Après À nous deux maintenant, adaptation du roman de Georges Bernanos Un crime, l'acteur-danseur-chanteur-metteur en scène reprend au Théâtre du Rond-Point à Paris Adishatz/Adieu, un solo créé en 2009. Une heure étonnante, où l'interprète retourne en adolescence pour convoquer sur scène les voix et les fantômes de plusieurs de ses proches et raconter un pan de son histoire. (Lire l'article)

Thomas Bernhard, version réduite

Clown lettré, intello au physique de gardien de but, Nicolas Bouchaud a un don de connivence, une façon d'interpeller les spectateurs qui met aussitôt en confiance. Toutes qualités présentes dans son adaptation de Maîtres anciens. Il a le coffre et la tête pour interpréter les monstres chers à Thomas Bernhard. Quelque chose pourtant ne fonctionne pas tout à fait, qui tient à la structure de l'original... (Lire l'article)

L’adieu aux FARC

Si la révolution n'est pas un dîner de gala, elle peut être une pièce de musée. En Colombie, l'un des principaux campements des FARC a été transformé par l'armée, après les accords de paix, en lieu de mémoire. Des soldats y jouent le rôle des guérilleros, d'autres celui des otages. C'est le point de départ de La Despedida, le spectacle de Rolf et Heidi Abderhalden, fondateurs du Mapa Teatro de Bogota, qui clôt une trilogie consacrée à la violence dans leur pays. (Lire l'article)

Dom Juan ou l’éloge de la lenteur

Marie-José Malis présente au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers un Dom Juan de Molière qui dure près de cinq heures sans entracte. Drôle d'idée que de ralentir à ce point les choses, comme si des vérités nouvelles devaient en surgir. Elle en est coutumière. La dilatation du temps fonctionnait bien dans Le Prince de Hombourg, qu'elle a monté en 2009 : la dimension somnambulique de la pièce et de son personnage principal s'y prêtaient. Pari réussi encore avec On ne sait comment de Pirandello, en 2011, traitée à la façon d'un cauchemar philosophique. Mais cela ne fonctionne pas à tous les coups... (Lire l'article)

Aboiements d’en France

Jusque dans vos bras, nouvelle création des Chiens de Navarre, reprend des procédés chers au collectif, à commencer par une construction au fil de saynètes ou de numéros où les situations de départ (souvent une réunion amicale ou de famille) dégénèrent. C'est d'abord un enterrement très officiel qui se termine en pugilat sanglant autour du cadavre renversé. C'est ensuite un déjeuner sur l'herbe entre trentenaires parisiens qui vire au déballage abject – racisme, homophobie – dans une surenchère outrancière pas du tout rassurante. (Lire l'article)

Nathalie Béasse en forêt habitée

Ils sont quatre qui tirent les ficelles aux quatre coins d'une immense bâche noire, comme s'ils jouaient à y faire rebondir un pantin qui n'existe pas. Cette longue séquence, qui ouvre Le bruit des arbres qui tombent, le spectacle que Nathalie Béasse présente au théâtre de la Bastille, est la première d'une série d'images énigmatiques dont le sens importe moins que la sensation qu'elles provoquent, chez les spectateurs comme chez les acteurs. (Lire l'article)

Le menuet des sens

La 17e édition du festival Actoral (arts et écritures contemporaines) fondé par Hubert Colas s’est ouverte le mardi 26 septembre au Théâtre du Gymnase à Marseille avec une création lumineuse, rigoureuse et emblématique de ce pourquoi le festival existe : faire parler les corps avec et sans les mots. Interprété par trois danseurs et une comédienne, Ensemble Ensemble de Vincent Thomasset, spectacle total et euphorisant sera repris en octobre au Théâtre de la Bastille à Paris, dans le cadre du Festival d'Automne. (Lire l'article)

On a gagné !

Tous les soirs, une bonne cinquantaine de supporters du RC Lens mettent une sacrée ambiance au Théâtre national de la Colline à Paris. Banderoles, écharpes, maillots, tambours et trompettes, rien ne manque, pas même Chti Lens, la mascotte officielle du club avec sa tête de chien à longues oreilles. Cette irruption du foot au cœur du théâtre, qui plus est sous l'égide du Festival d'Automne, peut surprendre, tant les publics des deux disciplines semblent a priori éloignés. Dans son spectacle, intitulé Stadium, le metteur en scène Mohamed El Khatib prend des risques. Et réussit son pari. (Lire l'article)

Essais transformés à l’ENSATT

Ils ont entre 20 et 25 ans, charmants ils affrontent pour la première fois le plateau et le public à l’ENSATT (École nationale supérieur de arts et techniques du théâtre) de Lyon. À l’aube de leur troisième et dernière année d’études des techniques et arts du théâtre, les étudiants ont l’air plutôt sûrs d’eux mais sans insolence. Ce qui rassure car on ne sait ce que l’on va découvrir en quatre fois 25 minutes. Disons-le de suite, la 77promotion placée sous la responsabilité de Joël Pommerat est de bon augure pour l’avenir du théâtre. (Lire l'article)

Tania Bruguera dans le cercle de l’enfer

Pour assister à Fin de partie de Beckett dans la mise en scène de Tania Bruguera, mieux vaut ne pas avoir le vertige. Son spectacle se déroule dans un haut cylindre de toile blanche entouré d'un échafaudage et de plateformes sur plusieurs niveaux où les spectateurs prennent place avant de passer la tête par un des trous percés dans le tissu pour regarder vers le bas. Les spectateurs sont entraînés au sein d'une expérience collective à la lisière entre l'enfermement et la liberté, dans un dispositif qui s'avère être un panoptique "ouvert" : tout le monde est sous le regard de tout le monde. Un spectacle d'une pertinence rare. (Lire l'article)

Aurillac, en corps, en corps

Le maire d'Aurillac, avait à peine terminé son discours par une invitation à “faire beaucoup l'amour” que dans la foule massée sur la place de l'hôtel de ville des petits groupes commençaient à se déshabiller. C'était mercredi 23 août, pour le lancement du Festival international de théâtre de rue, et le vertige a duré quelques secondes, avant que le théâtre reprenne ses droits. Durant quatre jours, Aurillac a fait la fête et célébré les corps en liberté. (Lire l'article)

Le sens de l’équilibre

En lisière des platanes de l’île Piot, des chapiteaux, petits et grands : c’est la Région Occitanie qui fait son cirque en Avignon et les deux formes dont il est question ici rappellent s’il est nécessaire qu’il ne faut pas confondre tourner rond et tourner en rond : Dad is Dead (Mathieu Ma Fille Foundation) et Un Soir chez Boris (solo de cirque sous yourte d'Olivier Debelhoir et Pierre Déaux), ça continue après Avignon... (Lire l'article)

Sarajevo, Athènes, vite fait

Impossible de reprocher à la compagnie Birgit Ensemble un manque d'ambition. Les deux spectacles présentés à Avignon, Memories of Sarajevo et Dans les ruines d'Athènes constituent les deux derniers volets d'une tétralogie intitulée Europe, mon amour. Le deuxième est plus abouti que le premier, mais le propos, dans les deux cas, souffre d'un manichéisme bien intentionné. (Lire l'article)

Tiago Rodrigues, silence, on souffle

À partir de sa rencontre avec Cristina Vidal, souffleuse depuis près de quarante ans au Teatro nacional de Lisbonne, Tiago Rodrigues imagine un spectacle qui évite les écueils du témoignage nostalgique. Entourée de cinq interprètes, tout de noire vêtue, la souffleuse articule en silence tous les mots sortant de la bouche des autres, comme s'ils n'existaient que grâce à sa présence génératrice. Magique. (Lire l'article)

Castorf dans le miroir de Molière

Frank Castorf, Die Kabale der Scheinheiligen. Das Leben des Hern de Molière © Just Loomis

Derniers tours de roue pour Frank Castorf à la Volksbühne de Berlin. Dans ce contexte de fin de mandat – ou de fin de règne –, difficile de ne pas rechercher dans ses derniers spectacles une dimension testamentaire, voire crépusculaire. Créé en 2016, Die Kabale der Scheinheiligen. Das Leben des Herrn de Molière, laisse en tout cas une large place à l'introspection : c'est sûrement l'une des pièces les plus explicitement intimes jamais montées par le metteur en scène. Et c'est une pièce qui au delà de sa profusion, ne traite que d'un sujet : l'amour du théâtre. (Lire l'article)

Ilotopie, escale à Calais

Ilotopie à Calais: Gens de couleur © Ludovic Fasa

Un labyrinthe qui permet aux enfants d’échapper à leurs parents, des oreilles géantes qui parlent, une salle de spectacle-balançoire, des cages pour humains… pendant cinq jours Ilotopie a occupé la place d’Armes de Calais et des lieux plus inattendus. La compagnie basée à Port-Saint-Louis du Rhône a fêté il y a peu ses trente ans. Et est l’une des rares troupes des arts de la rue qui fonctionne avec un vrai répertoire. Plusieurs des spectacles présentés à Calais ont plus de vingt ans d’âge. Et conservent leur impact perturbateur. (Lire l'article)

Amphitryon, cauchemar à la russe

Amphitryon, mise en scène en russe de Christophe Rauck

L’Amphitryon en version russe que Christophe Rauck met en scène avec les acteurs de l’atelier Piotr Fomenko à Moscou est plus proche de la comédie noire -voire du cauchemar- que de la farce. Les malheurs de Sosie bastonné par Mercure, et d’Amphitryon humilié par Jupiter qui lui pique Alcmène sa légitime, prêtent moins au rire qu’à l’inquiétude et ce qui se joue sur la scène du Théâtre du Nord à Lille, renvoie plus à la lutte des classes (l’arrogance des maîtres de l’Olympe face à l’impuissance des simples mortels) qu’au divertissement carnavalesque. (Lire l'article)

Armand Gatti rend la parole

Armand Gatti © Paolo Gasparini

Que laisse Armand Gatti ? Un grand vide d’abord. Le poète, mort le 6 avril à l’âge de 93 ans, avait une présence hors du commun. "Au commencement était le Verbe" : les premiers mots de l’Évangile de Jean pourraient figurer en tête de la multitude de citations que l’on imagine sur sa tombe. Un Verbe qui tenait du fleuve en crue, submergeant tout, et d’abord les digues du sens. Savants ou ignorants, tous les auditeurs de Gatti se retrouvaient à peu près sur le même plan, abasourdis par l’avalanche des références et les bifurcations d’une pensée impossible à canaliser. (Lire l'article)

Soudain la vérité

Soudain l'été dernier. Une mise en scène de Stéphane Braunschweig. Jean-Baptiste Anoumon, Virginie Colemyn et Marie Rémond © Thierry Depagne

Jardin d’Éden ou jungle menaçante ? Sur la scène de l’Odéon, troncs, lianes, plantes carnivores et fleurs vénéneuses se disputent un enclos tropical à l’abandon, projection organique du chaos régnant dans la tête de Sébastien, le poète improductif dont la mort, soudain l’été dernier, obsède les personnages de Tennessee Williams dont Stéphane Braunschweig signe la mise en scène. (Lire l'article)

La guerre des mots

Lola Arias: Minefield / Campo de minas / Champ de mines © Manuel Abramovich

Dans Champ de mines, l'Argentine Lola Arias continue à œuvrer à la (re)construction d'une mémoire collective, avançant le long d'une ligne ténue entre réalité et fiction. Elle y met en scène six hommes ayant appartenu à deux camps ennemis : l'armée argentine et l'armée britannique, en 1982, au moment de la guerre des Malouines. En revenant sur cet épisode de l'histoire des deux pays, Champ de mines place les questions de traduction au cœur de ses préoccupations. (Lire l'article)

La Mouette, ou comment l’oublier

Une mouette et autres cas d'espèces, mise en scène Hubert Colas © Hervé Bellamy

Il n'y pas foule dans la salle transformable du théâtre de Nanterre-Amandiers, et il n'est pas sûr que le bouche à oreille la remplisse d'ici la fin des représentations (le 22 janvier). Pas sûr non plus que le spectacle d'Hubert Colas fasse le plein au théâtre Paul Éluard de Choisy-le-Roi où il est programmé le 26 janvier. Cela s'explique, Une mouette et autres cas d'espèces n'est pas une franche réussite. Mais c'est injuste, la scénographie est inventive, les acteurs talentueux, et la mise en scène d'Hubert Colas ne verse jamais dans la médiocrité. (Lire l'article)

Folies Faust

Angelus novus, AntiFaust, mise en scène de Sylvain Creuzevault. Une critique de René Solis dans délibéré

Les manifs mènent à tout, même à Sainte-Anne. C’est dans le jardin de l’hôpital de l’hôpital psychiatrique parisien que Marguerite Martin, Prix Nobel de biologie et quadragénaire érotomane, trouve asile juste avant l’entracte. Dans le Faust revu et refusé par Sylvain Creuzevault, comme dans Le Maître et Marguerite de Boulgakov, la folie est un cadeau du diable, une façon d’échapper au contrôle d’identité et à l’ordre établi. Avis aux spectateurs, les trois heures trente que dure Angelus novus ne sont ni raisonnables ni bien léchées. (Lire l'article)

Un documentaire réparateur

Vers une inconditionnelle liberté, documentaire de Vartan Ohanian et Serge Challon

Ce n’est pas l’histoire d’un taulard, ni l’histoire de ce qui a fait de lui un taulard (1). C’est l’histoire de portes qui ne se sont jamais ouvertes et qui se referment sur un jeune homme de 17 ans et 6 mois, qui s’entrouvriront pour une libération conditionnelle en 2003 et s’ouvriront à la fin de sa peine en 2013. Le film (56’) Vers une inconditionnelle liberté, de Vartan Ohanian et Serge Challon, ne pose aucune question directement, il fait confiance à son sujet, Jean-Marc Mahy, pour les poser. (Lire l'article)

Ainsi fit Dario Fo

Dario Fo

Lui et sa compagne Franca Rame, morte il y a trois ans , adoraient se lancer des piques à l'insu du public quand ils étaient ensemble sur scène. Tu es sûre que tu as fermé le gaz ?”, lui glissait-il à l'oreille. Tu as encore la braguette ouverte”, lui répondait-elle. Irréductible à la solennité, Dario Fo détestait les acteurs et les metteurs en scène qui se prennent au sérieux. “Ce n'est pas grave, ce n'est que du théâtre”, répétait-il. Bouffon, “jongleur au service du peuple”, Nobel de littérature en 1997, maître de la farce politique, il est mort à 90 ans, le jour où Bob Dylan était à son tour couronné du Nobel. Les polémiques d'aujourd'hui rappellent celles d'alors... (Lire l'article)

Aurillac en pleine forme

Festival d'Aurillac 2016 - une critique de René Solis dans délibéré

Soit, d'un côté, un festival dont le désordre public est la raison d'être, et de l'autre un contexte politique –l'état d'urgence– à la philosophie radicalement contraire. Le festival des arts de la rue d'Aurillac, qui s'est terminé samedi 20 août, a bien surmonté le dilemme, et ce n'est pas l'état d'urgence qui a gagné. Trente ans après sa fondation, en 1986, la manifestation se porte bien. Ce n'est pas qu'une question de chiffres –vingt compagnies dans la programmation officielle et plus de six-cents autres dites “de passage” dans le off. C'est aussi que les arts de la rue continuent d'inventer et de frapper fort, toutes générations confondues. (Lire l'article)

Chalon dans la rue, revivre à 30 ans

Lors de sa 30e édition, du 20 au 24 juillet, le festival Chalon dans la rue qui va perdre son directeur Pedro Garcia (arrivée du successeur ou successeuse le 1er janvier 2017), défenseur sans faiblir de l’espace public, a réuni une fois de plus les artistes et la rue. Au menu, plus de 150 compagnies, in et off confondus, et 200 000 spectateurs pour plus de 1000 représentations en 5 jours. L'auteure de cet article y mettait les pieds pour la première fois. Expérience concluante malgré des erreurs de débutante dans l'appréhension de l'événement. (Lire l'article) 

Marco Layera, à gauche prout

Dans La Imaginación del futuro, présenté au festival d'Avignon 2014, le metteur en scène chilien Marco Layera s'amusait à déboulonner l'icône de gauche Salvador Allende, représenté en vieille baderne gâteuse responsable des exactions de la dictature à venir. Plutôt réussie dans la forme, la satire laissait perplexe quant au fond, même sous couvert d'humour et de second degré. Dans La Dictadura de lo cool, son nouveau spectacle, on retrouve les mêmes ingrédients : farce politique déjantée et fond de sauce réactionnaire, même si Layera prétend se donner un vernis radical d'ultra gauche.
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Thomas Bernhard, Krystian Lupa : l’Europe par la face sombre

Parue quelques mois avant sa mort, Place des héros est la dernière pièce de Thomas Bernhard, et l'une des plus provocatrices. Imprécateur impitoyable dans la lignée des héros bernhardiens, le personnage principal a la particularité d'être absent : la pièce s'ouvre au lendemain de son suicide. Si le mort est omniprésent tout au long de la pièce, ce n'est pas seulement parce que ses chaussures, ses chemises et ses costumes sont encore là, mais parce qu'il hante littéralement tous les survivants : quand ils ouvrent la bouche, c'est encore le suicidé qui parle, tant sa détestation du monde semble avoir contaminé tous ses proches. (Lire l'article)

Le voltigeur d’Avignon

Sauts de l’ange en altitude et à l’envers, très cher, vrilles, saltos, sauts périlleux avant, arrière, sur les côtés, en haut en bas,  voltiges au-dessus d’un cycliste ou d’une brochette de spectateurs... Farid Zitoun, prodigieux acrobate qui semble avoir développé sa propre technique n’a pas besoin de trampoline. Il est l’Acrobate bleu de Picasso ou celui de Chagall, le cirque de Pékin ou le groupe acrobatique de Tanger à lui tout seul. Un solo de l’ange, à voir à Avignon, dans le off du off du off, complètement in. (Lire l'article)

Traité de savoir-rire

Émission radio en direct au Cloître des Carmes : l'atmosphère renvoie aux années 1970 ; ça clope –des gitanes–, ça bricole –un tourne disque pour envoyer le générique–, ça enchaîne mais ça cafouille, on n'est pas chez des pros. Sur le fil de la dérision, Rumeur et petits jours, le spectacle de Raoul Collectif, puise aussi dans l'héritage politique ou philosophique de cette période. Le nom de leur compagnie fait référence à Raoul Vaneigem, l'une des figures de l'Internationale situationniste, auteur d'un Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations. Sous sa forme foutraque, Rumeur et petits jours poursuit aussi des obsessions de fond : de la remise en cause du néolibéralisme à la pensée magique des Indiens Huicholes du Mexique. Sans oublier la poésie. (Lire l'article)

Rubens, Godard et les autres

La salle des Rubens, au cœur du musée royal des Beaux-Arts d'Anvers est actuellement fermée pour travaux. Qu'à cela ne tienne : dans Het Land Nod (Le Pays de Nod), le collectif FC Bergman se propose d'installer les spectateurs dans la salle d'origine, reconstituée à l'identique. Ne manquent que les Rubens aux murs. À l'exception d'une crucifixion, connue sous le titre Le coup de lance, où le Christ est entouré des deux voleurs. Entre gardiens maladroits et visiteurs intempestifs, la salle des Rubens est très fréquentée. On y croise même Godard... (Lire l'article)

Karamazov, tous ensemble…

Encore un roman fleuve et un spectacle au long cours : Jean Bellorini adapte et met en scène Les Frères Karamazov de Dostoïevski dans la carrière de Boulbon. Pendant près de six heures, les corps travaillent, fatiguent, transpirent. Sans écrans témoins, sans cinéma, à mains nues, face aux spectateurs. Loin de la géniale sophistication des Damnés dans la Cour d'honneur et du savoir faire consensuel de 2666  à la Fabrica, Karamazov est un formidable spectacle prolétaire, une extension du domaine de la lutte au théâtre. (Lire l'article)

2666, même pas mal

On saluera bien sûr la performance sportive. Enfermés ensemble durant une douzaine d'heures à la Fabrica, acteurs et spectateurs ont toutes les raisons, vers 2 heures du matin, de se féliciter mutuellement. Julien Gosselin a relevé le défi : son adaptation de 2666, le roman fleuve posthume du Chilien Roberto Bolaño, tient la route, fidèle à la structure du roman, restituant l'histoire et les principaux personnages, se baladant d'Europe au Mexique sans lâcher le fil de la narration, et révélant à de nombreux spectateurs un auteur majeur de la littérature du XXIe siècle. Pari réussi donc ? Tout dépend de ce que l'on entend par là. (Lire l'article)

Angélica Liddel, lumières dans la nuit

Les trois actes du dernier spectacle de l'Espagnole Angélica Liddell vont et viennent entre Paris et Tokyo et entre deux événements sanglants : le meurtre, en 1981 à Paris, d'une étudiante hollandaise, dépecée et mangée par Issei Sagawa, le “Japonais cannibale”, et la tuerie du Bataclan, le 13 novembre 2015. L'horreur et la douleur du monde, c'est ce qui nourrit l'écriture de Liddell et son engagement physique sur le plateau. Ce qu'elle y fait de son corps tient de la performance – et de l'offrande, dans un rituel où la beauté est le contrepoint de la souffrance. (Lire l'article)

Des Damnés qui font Mal

Le 70ème festival d'Avignon s'est ouvert mercredi 6 juillet avec la représentation dans la Cour d'honneur du Palais des Papes des Damnés, d'après le film de Luchino Visconti, dans une mise en scène de Ivo van Hove avec la troupe de la Comédie-Française. Cauchemar ou bal des spectres, au delà des personnages du film de Visconti, ce sont bien des figures théâtrales qui revivent et meurent sur le plateau de la Cour d'honneur. Ivo van Hove fait de son spectacle un rituel mortuaire, parfois magnifique, souvent glaçant, en lien avec le monde d'aujourd'hui.
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Lazare frappe à la porte

Artiste associé au Théâtre national de Strasbourg depuis janvier 2015, Lazare est candidat à la direction du Centre dramatique national de Gennevilliers, pour succéder à Pascal Rambert dont le mandat prend fin cette année. Dans une lettre adressée à Régine Hatchondo, Directrice générale de la création artistique au ministère de la Culture, il explique les raisons de sa candidature. Sur un ton qui tranche avec la pondération de rigueur dans ce genre d'exercice mais qui n'enlève rien à la pertinence et au sérieux de son projet. (Lire la lettre)

La femme aux masques de Phèdre

À l'Odéon, Isabelle Huppert incarne tour à tour une déesse antique, une star à la dérive dans un palace, une ménagère anglaise enfermée dans une banlieue glauque, une conférencière désabusée et l'héroïne de Racine. Autant de masques de Phèdre à la démesure d'une actrice qui excelle à souffler le chaud et le glacé et à livrer son corps à la contradiction. Sa performance exceptionnelle occulte en partie les failles du spectacle de Krzysztof Warlikowski, où les choix littéraires du metteur en scène (textes signés Wajdi Mouawad, Sarah Kane, J.M Coetzee) ne sont pas toujours à la hauteur de ses intuitions dramaturgiques. (Lire l'article)

A cup of Artdanthé

Festival qui mêle les disciplines depuis 18 ans, Artdanthé accueille de nombreux jeunes (ou moins jeunes) auteurs et leurs recherches les moins attendues. En passant d’une performance à un spectacle, d’un workshop à une installation, on peut mieux appréhender ce qui propulse et inquiète les artistes, de moins en moins soutenus et reconnus, de moins en moins programmés et produits ou coproduits. Secoués comme leurs contemporains dans un monde de l’exclusion se repliant sur quelques nantis que la culture n’intéresse que si elle est attractive, rentable ou patrimoniale, plasticiens, metteurs en scène, chorégraphes, compositeurs ont fait de Ardanthé un lieu de parole, de controverse, d’invention et de réunion. (Lire l'article)

Ramène donc ta science

Bâtir un spectacle à partir d’informations scientifiques, faire de la connaissance un divertissement, amener du complexe jusque sur le devant de la scène sont des entreprises éminemment casse-gueule. Aussi est-il surprenant de voir aujourd’hui de plus en plus de créateurs aller puiser dans des sujets technico-scientifiques ou économiques la matière de leurs productions. Plus surprenant encore est de constater que les réussites sont de moins en moins rares. La preuve avec Adam McKay, Jérôme Ferrari, Jean-François Peyret, David Wahl, Jean-Yves Jouannais, Frédéric Ferrer, Alexandre Astier ou Sébastien Barrier. (Lire la suite)

Milo Rau, compassion pour un massacre

Adepte d’un théâtre documentaire radical, le metteur en scène suisse Milo Rau, fondateur de L’International Institute of Political Murder, aborde l'actualité politique de front, du génocide rwandais à la tuerie d’Utoya, en passant par le procès des Pussy Riots ou les derniers jours des Ceausescu. Avec à chaque fois, un sidérant travail de reconstitution historique et de télescopage entre fiction et réalité. The Dark Ages, deuxième volet de sa trilogie européenne, suit le double fil de la guerre et de la mort du père, plaçant l'action dans un champ de bataille récent : la guerre des Balkans. (Lire la suite)

Rambert, entre brouillard et feu sacré

Après le succès planétaire de sa pièce Clôture de l'amour (créée au festival d'Avignon 2011), et le demi plantage de Répétition (2014), Pascal Rambert présente à Gennevilliers son dernier texte, Argument : Annabelle et Louis viennent d'un temps – les années 1870 – que Rambert s'amuse à reconstituer en multipliant les références historiques et sociales. Une pièce improbable, une scène de ménage entre un sadique et une revenante sous le regard d'un enfant mort vivant, un moment de théâtre hors sol, à la fois gonflé et artificiel, un tableau kitsch avec des traits de talent et de grâce. (Lire la suite)

Le labo Dromesko

À qui n’a jamais assisté à un spectacle de la compagnie Dromesko, il ne faudrait rien dire sinon d’aller y voir, et pour les Parisiens ça tombe plutôt bien : la dernière création, Le jour du grand jour, est actuellement à l’affiche du Montfort avant d’être à celle du 104 en février. C’est parfois drôle, souvent émouvant, toujours juste. Chacune des scènes s’apparente au développement d’une photo. L’image reste longtemps dans le bain, car le temps de Dromesko prend son temps. Ce mélange de burlesque et de poésie fait monter progressivement chez le spectateur un mélange d’émotions dont il se demande laquelle est la bonne. La chute est rarement celle que l’on avait anticipée. Donc voilà, allez-y, vous ne le regretterez pas. (Lire la suite)

Orestea, vingt ans après

Avant ou après le 13 novembre, impossible de ressentir de la même façon la représentation de la violence sur une scène de théâtre parisienne. Dans Orestea, l'adaptation par Romeo Castellucci des trois pièces qui forment L'Orestie d'Eschyle, cette violence cueille les spectateurs d'entrée. Elle est autant sonore (grondements d'avions et d'hélicoptères, explosions, rafales d'armes automatiques) que visuelle (corps torturés et mutilés, traînées de sang). Quand on a en tête de vraies images de massacre, ce déchaînement d'horreurs semble par moments dérisoire. Sa radicale étrangeté le sauve du ridicule ou de l'insupportable. Le spectacle présenté à l'Odéon est une reprise de celui créé il y a vingt ans. Comment avait-il été perçu à l'époque ? Pour ses lecteurs, délibéré remonte le temps. (Lire la suite)

Sister : spectacle fêlé en mal de scène

Les Subsistances aiment à brasser des idées, à mêler les genres et les styles. À l'occasion du festival Mode d’Emploi, la metteure en scène, auteure et comédienne Hélène Mathon proposait un spectacle sur la schizophrénie : Sister, sur un texte d'Eugène Savitzkaya qui nous met directement en relation avec le malade et son entourage, ne parlant pas de la maladie en tant que telle mais de sa perception à travers la fratrie. Sister est une plongée vertigineuse dans un monde délirant, trouble, douloureux mais peuplé. Sister a été déprogrammé par les Théâtres Sorano-Jules Julien à Toulouse. Dommage. (Lire la suite)

Luc Bondy, mort d’un maître amoureux

De tous les amours de Luc Bondy, celui des acteurs était le plus remarquable. Séducteur, il avait dans la vie une attention en mouvement perpétuel, prompt à passer d'un sujet ou d'un interlocuteur à l'autre. Dans la salle de répétition, il était l'inverse, soudain capable d'extrême concentration, joignant le geste à la parole pour monter sur le plateau, saisir un bras, entourer une épaule, et donner au comédien la sensation d'être à cette seconde la personne la plus importante au monde, objet exclusif du désir de son metteur en scène. Luc Bondy est mort hier. Pour Paris et pour le théâtre européen, la perte est rude. (Lire la suite)

Kyoto forever 2 : la COP est vaine

Frédéric Ferrer a installé sa compagnie Vertical Détour dans les cuisines désaffectées de l'hôpital psychiatrique de Ville-Évrard, en Seine-Saint-Denis, où depuis 2004 il poursuit un travail qui tourne autour du thème du dérèglement, envisagé du point de vue psychique – les figures de la paranoïa – et climatique – le réchauffement planétaire. Ferrer affectionne une forme théâtrale : la conférence scientifique qui dégénère. Kyoto forever 2, le spectacle qu'il présente à la Maison des Métallos à Paris, est de ce point de vue particulièrement réussi. (Lire la suite)

Tombé du pont

Vu du pont, la pièce d'Arthur Miller donnée en français aux Ateliers Berthier de l'Odéon est un copié-collé de la version anglaise, créée au Young Vic de Londres le 4 avril 2014. Un mélodrame politico-sociologique, conçu comme une tragédie grecque, dont la version française frise le ridicule, avec des acteurs oscillant sans cesse entre premier et troisième degré, entre sitcom et Duras. (Lire la suite)

Les bonnes idées de Federico León

À quoi rêve un ordinateur ? C'est une des questions que se pose Federico León dans Las Ideas. L'ordinateur est conçu comme une machine à remonter le temps, une galerie des glaces où les deux protagonistes se regardent se regardant se regarder, et ainsi de suite. Un spectacle sur cette tendance à tout archiver dans l'instant, sur la croissance folle d'une mémoire qui envahit le présent, comme si la vie n'existait plus qu'à travers les preuves qu'on en garde. (Lire la suite)

De Bruits et de Fureurs

Le metteur en scène Joris Lacoste, artiste associé au Théâtre de Gennevilliers et membre du collectif  l’Encyclopédie de la parole, propose dans sa nouvelle création Suite n°2 un concert pour mieux entendre la fureur du monde. Avec cinq acteurs et en seize langues (surtitrées en anglais ou en français), il orchestre des paroles qui font acte. (Lire la suite)

Histoires sans paroles

Samuel Achache au Cloître des Célestins et Marguerite Bordat et Pierre Meunier au Tinel de la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon proposent deux formes de théâtre musical. Pour Fugue, Achache a puisé dans un répertoire essentiellement baroque. Forbidden di sporgersi est une tentative d'inventer une correspondance visuelle et sonore à l'œuvre de la poétesse Hélène Nicolas, dite Babouillec, “autiste sans paroles”. (Lire l'article)

Antoine et Cléopâtre, passion parfaite

Tiago Rodrigues a baptisé sa compagnie Mundo Perfeito. Son spectacle Antoine et Cléopâtre est en harmonie avec ce nom : il est rare de sortir d'un théâtre avec la sensation que ce qui est montré est la traduction parfaite du projet initial. Faire vivre l'âme de l'un dans le corps de l'autre, c'est très exactement ce que réalisent sur scène Sofia Dias et Vítor Roriz. (Lire l'article)

Lear accable Py

Le Roi Lear - Olivier Py © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

La liste des spectacles ratés dans la Cour d'honneur du festival d'Avignon est très longue. Acteurs et metteurs en scène de talent s'y sont souvent cassé les dents, au point qu'il n'est pas abusif de prétendre que l'échec y est la règle. Choisissant de monter Le Roi Lear, Olivier Py a-t-il voulu signifier que la charge du pouvoir l'accablait déjà ? (Lire l'article)