Auteur : Gilles Pétel

Épilogue

Le Cercle fermé, Installation de Martine Feipel & Jean Bechameil (détail)

La rentrée des classes est passée depuis quinze jours mais je n’ai pas reçu d’affectation. Le lycée où je travaillais l’an dernier attend pourtant un professeur de philosophie. Trois classes ont besoin de cours tandis que je reste chez moi. Je tente plusieurs fois de joindre mon rectorat afin de leur expliquer la situation. Parfois quelqu’un me répond mais ce n’est pas la bonne personne. (Lire l'article)

Fini les belles phrases. Il faut agir !

© Gilles Pétel

Le bac approchait à grands pas. La première épreuve, celle de philosophie, était programmée pour le lundi en huit. Mon programme était pourtant loin d’être bouclé. Après notre installation au Cinéclair, les incidents s’étaient multipliés. Au total, je n’avais pu donner qu’un seul cours, et encore ! Le rideau de scène s’était décroché pour me tomber sur la tête au moment où je m’apprêtais à parler de Hegel. (Lire l'article)

Sans sommation

Lithographie de Charles Motte. Illustration tirée de l'ouvrage de Corréard et Savigny - Naufrage de la frégate La Méduse, 1821

Nous ne croyons plus en l’égalité des chances. Trop d’élèves quittent l’école sans diplôme, trop d’enfants des milieux populaires n’accèdent pas aux études supérieures. Nos examens eux-mêmes ont perdu de leur valeur. Ce qui importe aujourd’hui est moins la réussite au bac que la mention qui l’accompagne. (Lire l'article)

Manif à l’Élysée

Charlie Chaplin, Les Temps modernes. Une chronique de Gilles Pétel

Aidé par un vent mauvais, l’incendie avait ravagé les trois quarts du lycée. Les élèves ainsi que leurs professeurs furent contraints à nouveau de prendre des vacances. Les contractuels étaient discrètement licenciés, les personnels techniques affectés dans d’autres établissements. Quatre semaines plus tard, nous emménagions dans des containers installés en hâte au milieu de nulle part. (Lire l'article)

Évaluation

Berlinische Monatsschift

Ce jour-là, j’arrivai en cours avec cinq bonnes minutes de retard. Les élèves m’attendaient dans le couloir, agités et bruyants. En classe il me fallut encore cinq minutes pour rétablir le calme. Les élèves ne paraissaient guère disponibles, la faute à mon retard sans doute, à leur jeunesse peut-être, à la philosophie aussi. C’est ce que j’imaginais quand je me rappelai soudain que je leur avais demandé de me rendre un devoir. (Lire l'article)

Assaut

Assaut, de John Carpenter

La semaine dernière, dans un lycée du 93, je donnais un cours sur le bonheur à des élèves d’une terminale technique. La matinée touchait à sa fin, les élèves commençaient à réagir après un début de séance un peu poussif. Quand soudain : "Il y a des casseurs dans la cour, monsieur." (Lire l'article)

Ubu Trump, acte II

Véritable portrait de Monsieur Ubu, par Alfred Jarry. Bois de 74 x 113 mm publié dans Le Livre d'Art, n°2, 25 avril 1896, dans l'édition originale d'Ubu Roi et la Revue Blanche du 15 août 1896

À la Maison blanche, la veille de la cérémonie d’investiture, puis dans le bureau ovale, une semaine plus tard.

Père Trump.– J’ai faim ! Michael n’est toujours pas arrivé ?

Sarah.– Mister Président a signé son premier décret d’expulsion. Huit millions de Mexicains ont été arrêtés ce matin.

Mère Trump.– Mais mon gros chéri, tu n’es pas encore tout à fait Président ! La cérémonie d’investiture n’a pas encore eu lieu !

Père Trump.– Merdre !

Michael Pinn, les bras chargés de hamburgers, de cornets de frites et de sodas.– Et voilà, Père Trump ! Les burgers sont arrivés ! Comme vous êtes Président, le vendeur vous a mis une quadruple épaisseur de steaks hachés. Vous avez le burger impérial !

Père Trump, à Michael.– Le Super Méga Big Burger ?! Oh ! Dans mes bras, mon fidèle lieutenant ! Bougre de merdre ! Ça a l’air rudement bon ! (À Mère Trump.) Tu vois bien, vieille haridelle, que je suis LE Président ! Même le vendeur du bouffre Donald le sait ! Espèce de vieille chipie ! Je vais te répudier, je vais te faire jeter au cachot… je vais, je vais t’envoyer en Irak ! (Lire l'acte II)

Canons

Diogène en banlieue: heurs et malheurs d'un prof de philo aux confins du système scolaire. Chapitre 18: “Canons”. Par Gilles Pétel

Mes élèves avaient l’esprit ailleurs et le corps excité. Ils sortaient presque de trois semaines de vacances. Bien sûr, personne n’avait eu le temps de faire la dissertation sur l'art. Le sujet lui-même avait été oublié. J’eus un moment de découragement, quand Louis lança une plaisanterie qui remit malgré lui la machine en marche. (Lire l'article)

Respect

Gilles Pétel, Le métier dans le sang

Le respect est un mot à la mode et notre époque reproche souvent aux jeunes d’en manquer. Mais à l’égard de qui ou de quoi ? J’ai entendu dire que de jeunes banlieusards avaient manqué de respect à un Abribus en le détruisant. Ce sont sans doute les mêmes qui manquent de respect à l’égard de leurs professeurs. C’est du moins ce que racontent la plupart des gens. (Lire l'article)

Beauté

"Diogène en banlieue" : Heurs et malheurs d'un prof de philo aux confins du système scolaire. Chapitre 14: "Beauté". Par Gilles Pétel

J'avais un peu de mal à retenir l’attention des élèves dont les regards partaient vers le déluge qui noyait la campagne alentour. Pourtant, quand je leur annonçai qu’ils auraient à la fois un sujet de dissertation à traiter pendant les vacances et un devoir sur table la semaine de la rentrée, les têtes se retournèrent mécaniquement vers moi. (Lire l'article)

Vocation

"Diogène en banlieue" : Heurs et malheurs d'un prof de philo aux confins du système scolaire. Chapitre 13: "Vocation". Par Gilles Pétel

Un ministre de l’Éducation nationale parlait il y a quelque temps de vocation pour caractériser le métier de professeur. Chacun sait pourtant que la vocation n’est qu’un simple cache-misère. Personne n’est appelé à devenir professeur ou quoi que ce soit d’autre d’ailleurs. Aujourd’hui, personne ou presque n’entend plus de voix. (Lire l'article)

L’art et la question

"Diogène en banlieue" : Heurs et malheurs d'un prof de philo aux confins du système scolaire. Chapitre 12: "L'art et la question". Par Gilles Pétel

Au lycée de Z, ce jour-là, j’espérais pouvoir conclure mon cours sur le mystère de l'art. Dans la classe, l’ambiance se tendait peu à peu. La question  passionnait maintenant les élèves. Louis défendait une position qui allait susciter une polémique. Selon lui, il n’existait aucun mystère. "On peut tout expliquer, Monsieur. Les mystères, quelle blague !" (Lire l'article)

Sourate n°2, verset 80

"Diogène en banlieue" : Heurs et malheurs d'un prof de philo aux confins du système scolaire. Chapitre 12. Par Gilles Pétel

Une jeune fille d’une terminale scientifique vint un jour me trouver afin de m’apprendre certaines vérités que je semblais ignorer. Nous sortions d’un cours sur la connaissance et plus précisément sur la démarche scientifique. J’avais tenté d’expliquer à quelles conditions il était légitime de parler de "vérités scientifiques". J’avais cependant, me dit cette élève, oublié un élément essentiel dans ma présentation. (Lire l'article)

Le Radeau de la Méduse

Diogène en banlieue, une chronique de Gilles Pétel. Chapitre 10: "Le radeau de la méduse"

Suite du cours sur la dissertation : "Peut-on expliquer une œuvre d’art ?" Aux yeux des élèves, la littérature n'était pas un art mais une discipline scolaire – il y a là de quoi s’interroger sur sur notre système scolaire qui semble désormais dévaloriser tout ce qu’il touche à la façon d’une mauvaise fée –, je décidai de prendre l’exemple du Radeau de la Méduse(Lire l'article)

Couloirs

Diogène en banlieue: une chronique de Gilles Pétel. Chapitre 9: Couloirs

L’anecdote remonte à une douzaine d’années. La salle où j’enseignais se trouvait à l’entresol d’un lycée construit sur une pente. On avait installé dans cet endroit sinistre la plupart des salles réservées aux classes techniques. Un jour, alors que mon cours était déjà bien avancé, je fus surpris par une odeur de brûlé. (Lire l'article)

Art

Diogène en banlieue: une chronique de Gilles Pétel. Chapitre 6: Art

Peut-on apprendre à vivre ? Désirer, est-ce nécessairement souffrir ? Y a-t-il une vie avant la mort ? L’expérience instruit-elle ? Travailler, est-ce perdre son temps ? Peut-on expliquer une œuvre d’art ? Passé le premier moment de stupéfaction, les élèves regardaient la dissertation d’un nouvel œil. Les questions leur plaisaient, certaines mêmes leur parlaient un peu. Je choisis de traiter la dernière malgré plusieurs protestations. (Lire l'article)

Contact

Diogène en banlieue: une chronique de Gilles Pétel. Chapitre 5: Contact

Après avoir examiné les visages fermés des élèves de ma terminale scientifique, je compris qu’il me faudrait d’abord regagner leur confiance. Cela signifiait affronter une forme de suspicion que je n’avais jamais rencontrée au cours de ma carrière : les élèves me prenaient pour un professeur au rabais. Je tombais du ciel avec trois semaines de retard et ils s’imaginaient à l’évidence que je ne possédais aucune qualification. (Lire l'article)

Coran

Diogène en banlieue, une chronique de Gilles Pétel. Chapitre 4: Coran

Chaque année je demande à mes élèves de m’indiquer sur une fiche leurs lectures, quelles qu’elles soient, littéraires, philosophiques ou illustrées. Dans cette classe la plupart reconnaissent n’avoir rien lu en dehors des quelques extraits d’œuvres imposés en classe de première. Une élève pourtant me tend sa fiche avec fierté. Elle a lu le Coran, affirme-t-elle. (Lire l'article)

Métier

Diogène en banlieue, chapitre 3: “Métier”. Une chronique de Gilles Pétel dans délibéré

J’enseigne la philosophie en classe de terminale depuis un peu plus de trente ans. La philosophie est une discipline que l’on peut enseigner en s’amusant beaucoup tout en travaillant avec le plus grand sérieux. C’est sans doute pourquoi je continue d’aimer mon métier, du moins lorsque mon ministère me permet de l’exercer. C’est pourtant un métier que j’ai cessé de conseiller à mes élèves.
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Affectation

Diogène en banlieue, chapitre 2: "Affectation". Une chronique de Gilles Pétel dans délibéré

C’était il y a trois ans. J’avais reçu mon arrêté d’affectation avec vingt jours de retard sur la rentrée des classes. Nous étions déjà le 21 septembre quand un coup de fil autoritaire et comminatoire du rectorat m’apprit que je devais sur le champ me rendre à Z, où on avait oublié de nommer un professeur de philosophie, devant quatre classes de terminale. (Lire l'article)

Invasion

“Diogène en banlieue”: 1. Invasion © Gilles Pétel

L’exercice du métier de professeur est plus varié, plus amusant, plus pénible aussi quelquefois que ne l’imagine la plupart des gens. Une anecdote me revient à l’esprit. La rentrée scolaire avait eu lieu depuis une huitaine de jours quand les élèves d’une terminale technique me demandèrent de déplacer mon cours de philosophie du vendredi au mardi. (Lire l'article)